Hubert Haddad – Opium Poppy – Zulma

Il y a des livres qui sont tellement beaux sur le fond et sur la forme, tellement évidents, si profondément marquants, qu’on a de la pudeur à en parler, par crainte d’éreinter leur beauté, la grâce qu’il porte. Le roman d’Hubert Haddad,  Opium Poppy, est un de ces romans. Le destin d’un enfant de la guerre, pris dans un engrenage effrayant où la violence s’insinue dans chaque pore de la peau, dans chaque respiration, dans chaque regard, dans la ligne d’horizon même. Un enfant pris dans la tourmente de l’exil et qui découvre l’humanité des uns, la fureur des autres et la terrifiante indifférence de la majorité. Un enfant aux noms multiples, finalement sans nom, sans autre identité que l’absence. L’auteur donne vie à ce fils d’homme happé par la folie d’autres hommes et nous force à regarder en face ce que notre violence d’adulte détruit à tout jamais dans le cœur de nos petits.

Tout dans ce roman est magnifique. Le style magnifique, une langue vivante, vibrante, poétique, dont les phrases s’inscrivent en lettres de feu dans le cœur du lecteur. Pas d’afféterie ni de superficialité, juste une écriture toute entière au service d’une histoire dont la grâce nous touche plus que n’importe image. L’histoire ensuite, celle d’un enfant pris dans une de ces nombreuses rafles qui salissent notre territoire où accueillir l’autre, le plus malheureux, le plus triste, le plus déshérité, le plus fragile est devenu un crime. On lui demande son nom, encore et encore. L’enfant choisi son nom, il sera Alam, en souvenir, pour ne pas oublier un frère pris dans les rets d’une violence folle.

Alam est un miraculé. Il a été sauvé par de médecins militaires, sauvé de trois balles dans la poitrine. Sauvé de la furie d’une destinée où les armes seules ont la parole. Il peut se souvenir. Se souvenir du temps où il était un petit garçon qu’on surnommait l’Evanoui, un petit garçon qui pouvait contempler la beauté solaire d’une jeune fille, qui ne pouvait sortir que sous la forme d’un fantôme et qui fut malgré tout rattrapée par la brutalité des hommes, qui après l’avoir forcée à n’être qu’une ombre, lui ont dérobé son visage, son dernier lien avec l’humanité.

Alam, l’Evanoui, Zia, un enfant, un enfant-soldat, un enfant de la mort, un enfant des rues, un enfant exilé, un enfant d’une vie sans espoir. Un enfant dont personne ne veut, que personne ne veut voir, sauf ceux que la vie a déjà marqués du sceau de la mort. L’enfant aux multiples noms qui regarde le monde tel qu’il est et ne peut plus trouver l’innocence de le regarder tel qu’il devrait être… Un livre magistral, bouleversant, exceptionnel.

Sur le site de l’éditeur

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