Hervé Jaouen – Ceux de Menglazeg – Presse de la cité

Quatrième opus des aventures d’une famille bretonne courant sur plusieurs générations, « Ceux de Menglazeg » aborde la délicate question de ces enfants nés d’amours adolescentes et confisqués par les parents de la mère biologique. Hervé  Jaouen nous invite dans le quotidien de l’adolescente, de ses parents et de ses grands parents et avec beaucoup de talent, il insère ce quotidien dans cette campagne bretonne que nous adorons détester: l’humidité, la pluie et pourtant une forme d’aridité des formes, des couleurs sombres, plombées. L’histoire de Sylviane, 18 ans, trouve un écrin particulièrement adapté aux drames qui jalonnent déjà son existence, mais également à l’affection indéfectible qu’elle trouve auprès de ses grands parents, couple indissoluble, humble, magnifique.

Sylviane a 18 ans, elle travaille comme beaucoup d’autres de son village, et des bourgs alentours, à l’usine de préparation des saumons. Une jeune fille sans histoire, ou presque, comme beaucoup d’autres jeunes filles de ces campagnes qui finissent toujours à force d’ennui, par prendre le risque de trop, comme ces saumons qui passent une fois de trop, près du bord et qui finissent le ventre ouvert sur la berge. Malheureusement, Sylviane n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes, elle a donc dû se contenter, d’un estropié, trop heureux de trouver une épouse par les petites annonces d’un journal chasse, pèche et tradition, et quelle épouse! une grosse endive venue du nord, grasse comme une loche, mais douée d’un formidable appétit pour la gaudriole et tout à fait satisfaite de constater que la nature aime à rééquilibrer ses petites vacheries.

Des parents qui s’aiment, que demander de plus quand on est une petite fille? Des parents aimant! Car la grosse loche n’aime rien de plus que se couler dans ses coussins, se gavant de sucreries en écoutant amoureusement les tubes des yé-yés, délaissant la petite Sylviane, à un point tel que la fillette doit être hospitalisée. Grâce à ses grands parents qui vont la prendre sous leurs ailes aimantes et protectrices, elle va échapper au destin de ses deux petits frères, Johnny et Eddy _ oui, ça fait peur_ sont enlevés et confiés à la DASS.

Sylviane passe une enfance relativement neutre entre l’école où elle est moyenne et le plaisir de retrouver ses grands parents qui savent lui transmettre quelques belles valeurs. L’adolescence la cueille dans un champ de haricots où ses charmes feront le bonheur d’un futur représentant de l’armée française. Une première grossesse accidentelle, une seconde bien calculée et voilà Sylviane, mère à 14 et 16 ans. Malheureusement pour elle, sa mère trouve dans ces grossesses une occasion de renouer avec la maternité….et accessoirement de toucher les aides sociales.

Dans ce roman qui tient du polar et de la chronique sociale, l’écrivain Hervé Jaouen fait preuve d’une grande maîtrise pour raconter une histoire simple sans tomber dans le pathos, en glissant ici ou là les pointes d’humour qui permettent d’alléger la tension du récit. Il peint une Bretagne sombre, lourde, une Bretagne de la lande et du granit, loin de ma lumineuse côté, mais qui renforce encore le caractère inexorable de certains destins. Un roman très agréable.

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