Jonathan Franzen – Freedom (trad. Anne Wicke) – Editions de l’Olivier

Le livre de Jonathan Franzen est un morceau d’anthologie, un roman à l’ancienne, mais dont la brulante modernité réside dans l’incroyable universalité des sujets traités : la famille, le couple, l’éducation, le sentiment désespérant de l’inadéquation à soi et aux autres. Par le prisme du  destin d’une famille, les Berglund d’une génération à l’autre, c’est l’histoire d’un grand malentendu, magnifiquement rendu par l’écrivain,
qui parvient à faire exister tous ses personnages avec la même complexité, la même force. Patty, Walter, Joey et Jennifer s’animent, s’affrontent, se déchirent et ne se retrouvent jamais tout à fait dans cette étrange course à l’amour filial qui nous anime une bonne partie de notre vie.

Patty Berglund est une grande athlète, le rejeton sportif d’une famille démocrate de la côte Est, où l’on encourage les enfants à explorer tout leur potentiel. Mais tout le monde vous dira que dans les familles aimantes, comme ailleurs, l’un ou l’autre se sent toujours injustement traité, moins important, moins brillant, moins, moins, moins aimé. C’est ce que Patty ressent, elle en conçoit un profond ressentiment, accompagné de la sensation durable de ne pas être tout à fait à la hauteur. Malgré tout, Patty a fini ses études, été une bonne sportive, une bonne coéquipière, elle s’est trouvée un gentil mari et a eu de gentils enfants qu’elle a entourés, puis étouffés d’amour.

Walter lui est un fils de la classe populaire entré en guerre contre son milieu. D’abord sortir coute que
coute de la pauvreté crasse et pour cela rien ne vaut une belle réussite universitaire. Devenir l’antithèse de ses parents passe par une abstinence
totale, un  profond attachement aux thèses progressistes, mais également une forme aigue de malthusianisme et un
goût marqué pour l’écologie. Lorsqu’il rencontre Patty, c’est pour lui une révélation, elle est l’incarnation de la femme de sa vie. D’autant que la jeune fille est attirée par le meilleur ami de Walter, Richard, genre beau gosse et musicos, avec lequel il est secrètement en ardente compétition.

Finalement nos deux tourtereaux convolent, pour diverses raisons et comme souvent l’un est plus, mais alors beaucoup plus amoureux que l’autre. La vie s’écoule, grain de sable après grain de sable. Des enfants, des querelles, des silences, toujours plus nombreux et les routes qui inexorablement se séparent. Patty échouant dans son rôle de mère et s’enfonçant dans une profonde dépression qui éloigne un Walter, amoureux,
mais de moins en moins capable de comprendre son épouse.

Ce roman est celui des illusions perdues, des vies qui s’enfuient et des névroses qui étouffent le plus solide de tous les amours. A travers le destin de cette famille, c’est aussi l’étonnant retournant qui affecte nos générations : les enfants libres du baby-boom ont donné naissance à une génération froide et conservatrice. Etre militant est une perte de temps, un archaïsme qui finit dans la boue et la désillusion.  Un roman sans concession sur une Amérique en phase descendante où les rêves ne servent plus que la cupidité des plus habiles. Superbe

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Une réflexion sur “Jonathan Franzen – Freedom (trad. Anne Wicke) – Editions de l’Olivier

  1. Très belle critique qui donne envie de découvrir ce livre et ces personnages si bien décrits ici ! Je vais pouvoir rajouter ce livre à ma longue liste de ‘livres-à-acheter-si-je-le-croise’ ! Merci !

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