David Grossman – Une femme fuyant l’annonce (trad. Sylvie Cohen) – Seuil

La première impression quand on referme ce livre, au moment où les Palestiniens sont à New York pour réclamer la reconnaissance d’un Etat, c’est le profond pessimisme quant à une possible instauration de relations normalisées entre les deux peuples. La rupture semble consommée  dans les pages, dans le cœur même, de ceux qui un jour ont brandi le drapeau de la Paix Maintenant ! Pourtant ce livre ne traite pas directement des relations entre Israel et la Palestine, mais en filigrane, la violence faite et supportée des deux côtés est désormais ne laisse plus aucune place à l’espoir.

Ora est une quarantenaire qui a voué sa vie à ses deux fils, à son mari et à son meilleur ami, amant, presque frère Avram. De leur passé commun dans un hôpital au moment où les armées arabes semblaient prêtes à rayer Israël de la carte des nations, à leur avenir compliqué par l’engagement du cadet d’Ora dans la répression au cœur des territoires occupés, c’est une vie qui se raconte dans les magnifiques paysages israéliens. L’auteur nous guide dans les méandres de cœurs froissés par la guerre, par le quotidien, par l’impossibilité de comprendre le cœur des hommes en guerre.

Lorsqu’Ora fuit son quotidien, elle est séparée de son mari Ilan, en rupture avec son fils aîné, Adam et désespérée par le nouvel engagement de son cadet Ofer, au sein de Tsahal, pour ce qui doit être son ultime mission de « sécurisation ». Mais Ofer est parti en laissant un message effrayant à sa mère : « si je ne reviens pas, quittez ce foutu pays ». La clairvoyance de son fils décille le regard d’Ora sur ses derniers espoirs. Déjà confronté plus de trente ans auparavant au drame d’Avram, sa captivité en Egypte, les longues semaines de torture et les longs mois de convalescence qui donnèrent naissance à un nouvel homme, perdu, enfermé sur lui-même, incapable d’établir le moindre lien avec autrui, même avec ses meilleurs amis, ses âmes sœurs, elle se découvre mère d’un jeune soldat qui ne reviendra sans doute pas.

Pour échapper à la cruauté d’un avenir qui semble graver dans le marbre, Ora décide de partir en randonnée. La randonnée qu’elle devait faire avec  son fils Ofer, elle l’impose à son meilleur ami, au père d’Ofer, à cet Avram dont il ne semble demeurer qu’une coquille vide. Parler du passé, raconter malgré les réticences, les résistances d’Avram, la vie avec Ilan, la naissance des enfants, les longs mois de la convalescence d’Avram, le désespoir devant son repli sur lui-même. Dans les somptueux paysages de Galilée, entre silence et rencontres étranges, Ora se raconte, raconte le destin des siens, l’histoire de son pays, les espoirs puis les doutes d’un peuple. Petit à petit, elle parvient à libérer Avram de ses limbes, le ramène vers la lumière magique des paysages qu’ils traversent.  Grossman ne laisse rien dans l’ombre et surtout pas les peurs de ces enfants qui comprennent vite, trop vite, qu’ils vivent en sursis, sur une terre trop chargée de haine pour apporter le bonheur à quiconque, malgré les armes et les rodomontades d’hommes aux cœurs lestés de plomb. Un texte bouleversant.

Sur le site de l’éditeur

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