Philip Roth – Le rabaissement (trad. Marie-Pierre Pasquier) – Gallimard

Avec ce roman, on pourra légitiment reprocher à Roth de précipiter la fin du roman, tant cette nouvelle aventure de l’homo americanus vieillissant est ennuyeuse et empruntée. C’est sans doute la première fois que je sors d’un roman de Roth en ayant la pénible impression de m’être fait avoir par un produit  vendu sur le seul nom d’un écrivain. Un vieil acteur qui du jour au lendemain se retrouve confronté à l’échec et au désespoir, qui tente d’en finir, et se jette à corps perdu dans une relation infantile avec une femme plus jeune et très, mais alors très perturbée. Un pauvre Pygmalion terrassé par sa propre créature et qui refuse de voir son désir pour ce qu’il est: la recherche pathologique d’une jeunesse perdue. Mais par le passé l’humour, la causticité sauvait souvent le côté vieil écrivain en fin de parcours, mais Le Rabaissement ne fait que renforcer l’idée que Roth désormais radote et ratiocine. Une énorme déception.

Simon Axler a été un grand acteur, un jeune premier adoré par la critique, un enfant chéri de la scène new yorkaise. Mais l’âge venant il se trouve brutalement confronté à l’ennui, à la crainte de voir la vie se terminer et ses rêves n’être finalement que des mirages. Cette crise existentielle provoque la fuite de son épouse et une tentative de suicide suivi d’un séjour en hôpital psychiatrique.

A sa sortie il rencontre une de ses amies qui fait également face à une grave crise matrimoniale avec un mari abusif, mais Axler trop occupé à regrouper les morceaux de sa vie n’est pas prêt à écouter la terreur de cette femme. Désormais rangé des plateaux, il erre à la recherche d’une nouveau projet, d’un nouvel élan. C’est auprès de la fille d’un couple d’amis qu’il va le trouver. La fille est lesbienne, désespérée par la volonté de sa compagne de devenir un homme, harcelée par la directrice du département où elle travaille. Pour Simon c’est l’occasion de découvrir de quel bois ces femmes qui aiment les femmes sont faites. Pegeen semble tout à fait modelable, parfaitement modelable, répondant ainsi au désir de l’acteur de reprendre le contrôle de sa vie. Contrôler la libido d’une femme, puis sa garde robe et enfin son allure générale est une formidable réussite pour l’ancienne gloire de Broadway.

Mais la jolie Pegeen semble soudain échapper à tout contrôle. Elle s’affirme et entraîne Simon dans une relation sexuelle beaucoup plus complexe que ce qu’il avait pu imaginer. Roth s’amuse avec les codes des amours lesbiens et nous offre un panel de ce qui ressemble diablement aux fantasmes des hommes face aux amours lesbiens. Le souci c’est que son propos devient alors terriblement surfait et totalement artificiel. Il donne alors l’impression de vouloir en finir au plus vite, avec son roman et son personnage. Le roman devient alors prévisible et sans intérêt avec une discussion tellement pitoyable entre les deux protagonistes qu’on se croirait dans l’épisode d’un soap quelconque.

Un roman remarquablement décevant et triste. « Il avait perdu sa magie » écrit l’auteur pour définir l’état d’esprit de son protagoniste. C’est malheureusement valable pour son auteur _dans ce trentième roman en tous cas.

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