Cinéma _ Steve McQueen – Shame

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=185457.html

Dans son film « Hunger », McQueen mettait magnifiquement en scène la violence de l’engagement militant et l’inexorable déchéance de celui qui sacrifie son corps à une lutte, à certains égards on pouvait presque parler de « sanctification » du corps souffrant. Avec Shame, on retrouve la même volonté de montrer le coprs abandonné, ici à des pulsions sexuelles, dans toute sa fragilité, dans toute sa laideur aussi parfois. McQueen montre remarquablement la souffrance d’un homme entièrment soumis à ses pulsions, dominés par son besoin d’évacuer son sperme, dans n’importe quel corps, mais aussi dans les toilettes de son bureau. Dominé partout, à tout moment et finalement incapable d’intégrer ces pulsions dans un rapport affectif réel. Shame est le film d’une souffrance, d’une détresse aussi brûlante que celle de Hunger, la différence étant dans le combat mené. La déchéance du personnage de Hunger était imposée par une lutte pied à pied contre l’envahisseur anglais, celle du personnage de Shame lui est imposée par lui-même, par l’invasion des pulsions qui le submergent.

L’acteur Michael Fassbender incarne magnifiquement cet homme perdu dans un univers où le sperme, l’évacuation du sperme, semble l’unique raison de vivre. Derrière l’image du parfait cadre au physique avantageux apparait petit à petit, par ombres successives l’image d’un enfant qui a sans doute vécu un enfer. Les retrouvailles avec une jeune soeur névrosée révèle rapidement la relation ambigue qu’ils entretiennent, leur rapport hystérique  à autrui, besoin d’amour irrépressible pour la jeune femme, besoin de sexe tout aussi irrépressible pour l’homme.

Steve McQueen ne montre pas le sexe mâle dans toute sa splendeur, dominant la femelle et répandant la sainte semence dans tous les cons, dans tous les culs et dans toutes les bouches possibles, mais bien un être pathétique, dévoré par un besoin qu’il ne parvient plus à dominer et qui irrépressiblement le pousse à des comportements de plus en plus dangereux pour lui comme pour les autres. Il révèle également l’incapacité à établir un lien autre que sexuel avec ses partenaires. Un film éblouissant dans la qualité de la réalisation et dans les nuances des personnages trop fragiles. Un film parfois dur, dans la mise en scène d’une sexualité brute et effrayante de laideur et de désespoir.

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