Tom Robbins – Un parfum de jitterbug (trad. François Happe) – Gallmeister

Dans ce nouveau roman fleuve, publié aux Etats Unis en 1984, le formidable et prolifique romancier américain allie une fois encore la connaissance et l’humour, la folie et la précision, le tout assaisonné d’une pincée urticante de critique en règle de cette ère de la  communication tout azimut qui à partir des années 80 prive la pensée de toute profondeur. Comme avec Villa Incognito ou Une bien étrange attraction il mèle avec talent un récit contemporain et une sorte de légende qui vient lentement se glisser dans le réel. Ce parfum nous parle de l’industrie contemporaine du parfum, de la lente et inexorable disparition des petits parfumeurs dévorés par les marchands d’odeurs formatées; en parallèle on découvre que le parfum, cette création de l’homme, pour couvrir son odeur et pour provoquer les sens de ses contemporains est peut être plus que le feu, le véritable symbole de l’affranchissement des humains de leur état de nature. Et comment cet affranchissement devient une source de douleur et de malaise.

Entre Seattle, La Nouvelle Orléans dans toute sa divine beauté et les plaines nordiques, Tom Robbins nous promène à la recherche du parfum des parfums, à la suite d’un couple étrange que le mort semble incapable de prendre. Robbins joue avec les codes de la résurrection en nous faisant suivre les tribulations d’Alobar, ancien roi déchu pour cause de vieillissement, révolté contre la mort elle même et qui finit par lui échapper grâce à des exercices de respirations, une nourriture frugale et une fringale amoureuse et sexuelle avec sa compagne Kudra. L’ancien roi et sa douce rencontrent d’étranges dieux anciens, Pan et ses nymphes dans leur inexorable descente vers les rives de l’oubli, puis des moines hystériques et des habitants de nouveau monde prompt à mettre tous ceux qui ne sont pas dans la norme dans des cages.

En parallèle de ces tribulations séculaires, on rencontre une serveuse à Seattle, passionnée de chimie, partie à la recherche de l’odeur parfaite, des parfumeurs à l’ancienne rejetant les règles objectives de la médiocrité des plublicitaires et autres marchands de tapis (médiocrité qui ne cesse de se confirmer en 2011!) et une vieille belle de la Nouvelle Orléans détentrice d’un étrange secret. Le récit de Robbins est fou, fou, fou, mais tellement bon, formidablement écrit et tenu d’un bout à l’autre et surtout en cette période de roman qui ne sont pas des romans parce qu’il faut mettre en scène sa vie, parce qu’on est tous des gens formidable (voir le dossier sur la mort du roman dans la nouvel obs.fr), on constate que l’imagination au pouvoir c’est tout de même plus drôle que l’égo dans les présentoirs…

Sur le site de l’éditeur

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s