Annette Wieviorka – L’heure d’exactitude (entretiens avec Séverine Nikel) – Albin Michel

L’historienne Annette Wieviorka, spécialiste de la mémoire de la Shoah et brillante biographe du couple Thorez, revient dans ce livre d’entretiens sur son parcours et ce qui, par d’étranges chemins, l’a conduite du maoisme militant à une vision plus ouverte, plus réaliste  du monde vécu non plus comme un idéal, mais comme un espace où il convient de faire de son mieux et d’être le passeur d’une mémoire assassinée.

Cette forme qui peut parfois paraître artificiel permet ici l’expression d’un cheminement complexe, d’un apprentissage et des leçons tirées de plusieurs décénies passées à enseigner et à partager la mémoire des disparus et des survivants. Annette Wieviorka nous parle de son itinéraire personnel, de la photo d’un grand père, vestige « physique » d’une famille décimée par la fureur nazie. De cette entretien permanent bien que silencieux avec un passé disparu, l’historienne va garder la mémoire et après quelques années passées à tester in vivo les « charmes » de la révolution culturelle chinoise, cette mémoire va se trouver réveillée par des évènements extérieurs.

On revit avec les deux femmes, le passage du silence autour des témoins et des survivants, à une parole de plus en plus exposée. Le cinéma, puis la résurgence aussi violente qu’incompréhensible du négationnisme autour des thèses de Faurisson, et la nécessité de plus en plus urgente de préserver la parole de ceux qui devaient bientôt mourir, font de la préservation de la mémoire des victimes de la Shoah, une nécessité et un engagement intellectuel. Préserver la parole, puis l’analyser, ne pas remettre en doute, mais se souvenir que la mémoire est perméable et en reconstruction permanente, c’est à un travail titannesque que l’historienne va s’atteler avec d’autres.

Cet engagement qui lui attire parfois des inimtiés et provoque des incompréhensions reste aujourd’hui l’un des plus remarquable et des plus intellectuellement stimulant sur la question de la mémoire et de la transmission de cette mémoire. Aux certitudes maoistes de sa jeunesse, l’historienne a laissé succéder le temps de la réflexion et du refus de juger. L’exigence du savoir, contre la furia des réponses émotionnelles, le désir de comprendre et de transmettre, contre celui d’imposer sans nuances, c’est ce qui peut être l’un des marques de cette grande historienne.

Sur le site de l’éditeur

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s