Michel Delon – Le principe de délicatesse / Libertinage et mélancolie au XVIIIè siècle – Albin Michel

Quand un professeur de littérature se penche sur la mélancolie, on se sent un peu moins coupable de ne pas être le dernier bout-en-train à la mode, ni de ne pas communier dans l’humour vachard du temps et encore moins dans le consumérisme putassier qui semble être le sommet  de l’élégance de notre époque méchamment moderne.

Les Lumières dans lesquelles nous communions depuis plus de 200 ans au nom du progrès apparaissent sous la plume de Michel Delon infiniment plus nuancées, moins aveuglantes, plus sombres même sous la plume d’un Marquis de Sade beaucoup moins divin que certains ne continuent à le clamer. Le XVIIIè siècle dispose les premiers lanciers de la révolution: Dans les salons des dames savantes et des riches muses de l’esprit nouveau les arts, la philosophie, les romans, la politique, le bon goût, l’humour et la cuisine se pare des atours d’une nouvelle déesse, la liberté.

Libre d’aimer ou pas, de croire ou non, de se soumettre ou pas. Libre surtout de d’affranchir des règles qui régentent le commun des mortels et ainsi libre de se  croire au dessus de la mêlée humaine, détenteur d’un savoir qui doit illuminer le coeur des hommes. La légende est belle et nul doute que l’esprit encyclopédique qui alimente les Lumières d’une redoutable énergie se sent porté par les ailes de cette liberté qui partout fait la joie des artistes.

La mélancolie du XVIIIè siècle est bien différente de celle qui hantera les pages et les tableaux des artistes du siècle suivant. Pas encore entaché par les bains de sang révolutionnaire et par les fureurs hégémoniques du petit corse, la mélancolie des Lumières aime, se désespère quelques heures de ne plus être aimer avant de retrouver de nouveaux plaisirs dans de nouveaux bras accueillants. Les corps exultent dans des jardins enchanteurs, malgré la certitude de l’inéluctable fin. Les libertins sont fous d’eux-mêmes tout en espérant élever le monde. Ce ne sont que les premières semonces de la phase révolutionnaire et les terreurs aristocratiques qui pousseront un Sade à faire du libertin un monstrueux barbare avide de plaisir inhumain, avide finalement d’un pouvoir féodal brisé un siècle plus tôt par un autre astre royal.

L’essai de Michel Delon est foisonnant et laisse ce curieux sentiment que malgré ses erreurs et ses prétentions, le siècle des Lumières a cru longtemps que l’être humain pouvait grandir et embellir.

Sur le site de l’éditeur

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