Donald Ray Pollock – Le diable, tout le temps (trad. Christophe Mercier) – Albin Michel

Après le Seigneur des Porcheries, il y a quelques années, le roman de Donald Ray Pollock entre dans les annales (et ça peut presque être vu au propre) de la littérature qui donne une haute opinion des américains. Surtout ceux qu’on trouve dans les petits villages reculés, dans des fermes  isolées et chez qui dieu a souvent tous les traits d’un personnage tellement vicieux que le diable finalement semble préférable. Pollock nous entraîne dans une sarabande infernale où les mères meurent, les prédicateurs sont de de dangereux hystériques et les enfants des victimes expiatoires. Sur un peu plus d’une dizaine d’années, nous rencontrons ce que l’Amérique produit de plus, de moins, enfin de très exotiques dans l’horreur. Mais Pollock comme Egolf décrit toute cette horreur née de la pauvreté, de la superstition protestante, de l’alcoolisme et sans doute également de la consanguinité, avec un naturel désarmant. A certains égards, il pourrait raconter ses vacances avec la même « innocence ».

Lorsqu’il revient du Pacifique, Willard a vu de très près ce que la guerre fait des hommes. Aussi lorsqu’il rencontre Charlotte; qui deviendra son épouse, il lui semble enfin avoir trouvé sa place, sa consolation. Malgré tout la vie est très dur dans l’Ohio quand le dieu dollar ne s’est pas penché sur votre berceau. Le couple tire le diable part la queue et se nourrit plus souvent de ragoût d’écureuils, que de délicieuse Angus bien grasse. Charlotte tombe malade, un cancer qui l’emporte en quelques mois, et Willard bascule dans l’horreur. Sa confiance en dieu se mâtine de vieilles superstitions d’un autre temps. Pour sauver Charlotte il faut nourrir la bête. Il faut sacrifier à ce dieu de colère et d’effroi qui crache son venin dans le coeur des hommes. Arvin, leur fils, est le témoin impuissant de ce naufrage.

Ce premier drame connait son corollaire dans une petite ville de Virginie où des prédicateurs hystériques parviennent à piéger une pauvre petite jeune fille trop crédule. Helen se laisse entraîner dans le délire de deux frères dont le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils sont aussi ragoûtants que des putois en phase avancée de décomposition. Helen tombe enceinte et quelques mois plus la petite Lénore, enfant improbable d’un couple de pauvres désespérés vient au monde.

Sur la route entre l’Ohio et la Virginie, on croise des êtres hybrides entre la bête et la bête. Des humains tellement déficients qu’on doute parfois que de tels spécimens puissent exister. Mais les pages des faits divers démontrent malheureusement chaque jour le contraire. Donald Ray Pollock nous entraine sur la route des hasards monstrueux, la lecture est parfois presque insoutenable, non pas par la précision, mais par la place que Pollock laisse à l’imagination de son lecteur. Un roman noir, glaçant qui pourrait avoir pour effet de vous faire renoncer définitivement à toute envie d’auto stop ou de devenir un « born again »…

Sur le site de l’éditeur

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