Cinéma – Emmanuele Crialese – Terraferma

Le réalisateur de Golden Door reprend le thème de la migration, mais aujourd’hui, en Europe, et les migrants sont cette fois, ces hommes et femmes d’ailleurs, venus eux aussi chercher leur porte d’or. Pas plus qu’hier ces migrants ne sont les bienvenus, pas plus qu’hier ils ne peuvent comprendre qu’on puisse leur opposer l’inhumanité d’un refus. Plus qu’hier, le migrant est un suspect, le symptôme d’une maladie qui s’incarne dans les masques que porte désormais la police des frontières, le migrant est surtout le témoin de notre inexorable défaite dans notre lutte quotidienne pour conserver intacte notre capacité à rester humain, digne et accueillant.

Le film s’appuie sur une série de faits divers qui ont fait les gros titres des médias l’année dernière et qui ont vu les politiques les plus retors user des ficelles les plus viles pour servir leurs lamentables petits intérêts. Une petite île italienne, qui a longtemps vécu de la pêche et des lois de la mer, et dont les habitants ont dû se résoudre à se prostituer à l’industrie du tourisme de masse, se trouve confronter à l’arrivée de migrants africains. Malfgré les nouvelles lois qui intiment l’ordre aux pêcheurs de laisser les migrants et d’appeler les garde côtes, un vieux pêcheur et son petit fils sauvent quelques ‘uns de ces hommes et femmes et cachent une femme, son fils et son bébé. Entre révolte et crainte pour leur avenir les habitants de l’île s’affrontent pour savoir s’il faut envers et contre tout rester fidèle aux lois des îliens et de la mer, l’accueil sans discussion, ou bien se soumettre aux lois pour ne pas mettre en péril le nouveau gagne pain touristique.

Entre les deux camps, l’esprit du jeune Filippino vacille. Il veut croire aux valeurs de son grand-père mais se trouve confronté avec la peur de cette masse qui surgit de la mer.

Le film d’Emmanuele Crialese est un conte, une fable triste sur ce que nous sommes devenus, ce que nous avons accepté, ce qui nous révolte parfois. Cette mare nostrum, cette mère nourricière est devenu un cimetière, celui des corps de milliers de migrants abandonnés par les navires de passage, nombreux, celui des espoirs de ceux qui parviennent jusqu’à la terre ferme par chance, mais après avoir vu de près l’inhumanité barbare de nos lois d’airain, celui de nos rêves d’une humanité fraternelle. Désormais cette mer bleue est devenue noire des cris, des larmes et de la révolte contre cette infamie qui répète à l’envi que nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde. Mais qui nous le demande? La seule chose que nous demande ces hommes, ces femmes, ces enfants, c’est de ne pas oublier notre humanité, de nous souvenir que la vie de l’autre est aussi belle, aussi valable, aussi précieuse que la nôtre et qu’aucune promesse de fortune ou de forteresse ne pourra jamais nous guérir de la barbarie de refuser la main tendue à l’homme qui se noie. Le film est somptueux tant par la direction d’acteurs que par le travail de l’image.

Terraferma

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