Joseph Roth – Job, roman d’un homme simple (trad.Stéphane Pesnel) – Seuil

Un livre empli de cette mystérieuse mélancolie qui va avec toute lecture sur des mondes perdus à jamais. Joseph Roth qui est né dans cette Galicie d’avant la catastrophe décrit avec beaucoup de délicatesse, et une profonde tendresse le petit monde des Shtetl où la vie s’écoule  lentement pour les juifs pieux, toujours inquiets à l’idée que les russes ou les polonais puissent trouver une nouvelle raison de venir détruire leurs existences si fragiles et éphémères. Avec la vie de Mendel Singer et de sa famille, on découvre une vie qui peut sembler si étroite, presque sectaire, mais qui ne cherche qu’à préserver un équilibre précaire entre les flambées de haine des uns et des autres.

Mendel Singer marié à Deborah est un maître d’école dans un petit village de Russie, Zuchnow. Il craint dieu, le tsar, les cosaques et les paysans. Il connaît la promptitude de leurs colères et les destructions qu’elles entraînent. Mais s’il se défie des hommes et craint dieu, il croit comme ses coréligionnaires à la sincérité de l’alliance entre la divinité et son peuple. Et l’alliance semble fonctionner, une femme, des enfants en bonne santé, une profession satisfaisante et une paix relative. Jusqu’à la naissance du petit dernier Menuchim, l’enfant du malheur. Celui qui porte toutes les malédiction sur son corps chétif et débile et provoque une crise grave entre les époux. Pour la famille de Mendel Singer, la vie devient alors plus difficile. Les enfants rejettent ce petit frère trop différent, le couple se brise et la maison résonne désormais des récriminations de Déborah.

Mais le destin semble destiné à s’acharner sur le pauvre Mendel Singer: ses fils sont en trop bonne santé, ils sont donc incoporés dans l’armée du tsar. Pour échapper à ce destin funeste, Deborah décide que ses fils doivent fuir, quitter la Russie et tenter l’aventure de l’exil. Mais si l’un accepte volontiers cette aventure, l’autre décide qu’il veut entrer dans l’armée. Pour le pauvre Mendel c’est une nouvelle malédiction, son fils veut être cosaque, comme ceux que sa cadette trouve tant à son goût.

Récit apparent d’une longue litanie de malheurs, le roman de Joseph Roth est surtout celui d’un dialogue étrange en Mendel et son dieu. Soumis à la tradition il n’en reste pas moins très critique envers le peu de cadeaux voire l’acharnement que met dieu à l’éprouver. Au fil des évènements et des crises, il affronte dieu avec respect le plus souvent mais aussi avec colère quand le fardeau semble définitivement trop lourd. Cette image d’un monde disparu, comme effacé du monde par la barbarie nazie, nous revient ici par son plus prestigieux, son plus respectueux porte-parole. La mémoire réside aussi dans ces grands moments de littérature.

Sur le site de l’éditeur

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