Russell Banks – Lointain souvenir de la peau (trad.P. Furlan) – Actes Sud

Magistral comme d’habitude, ce nouveau roman de Russell Banks qui rappelle que c’est souvent en étudiant les marges et les exclus que nous comprenons enfin le monde dans lequel les « normaux » veulent vivre.

Les amateurs des reportages d’Arte ou de Canal Plus connaissent cette communauté d’hommes qui a été contrainte par la loi de s’installer sous un pont à la  limite des terres émergées de la ville de Miami. Leur crime? Ce sont des « prédateurs sexuels ». Pédophiles, pornocrates, amateurs de fillettes, de garçonnets, d’adolescentes, exhibitionnistes, criminels forcenés et dangereux ou simplets qui ne parviennent pas à trouver dans la vie réelle de quoi exprimer leurs envies. Cette commnauté disparate a un point commun: ces hommes n’ont pas le droit de se trouver à une distance X d’un lieu où se trouve des enfants: ecoles, parcs publics, zones résidentiels. Mais ils sont obligés de résidés dans les limites du comté. Ils portent tous un bracelet de contrôle qiu permet de les pister. Ces obligations ne leur laissent que trois endroits: sous le pont, dans le marais ou bien dans une décharge.

C’est ainsi que la loi soutenue par la communauté des gens normaux condamne une population à vivre dans une précarité proprement effarante. Car travailler ou vivre dans un appartement est chose quasiment impossible et s’ils ne sont pas capables de vivre cette vie « normale » leurs contrôleurs peuvent les renvoyer en prison immédiatement. C’est cette vie étrange que Russell Banks impose à son « héros », Kid. Un gamin de 24 ans, grand amateur de porno pour noyer son ennui et une sensation de vide abyssale. Depuis l’âge de 11 ans, le porno a remplacé dans sa vie toute autre imaginaire sociale. Il ne connait des filles, des garçons, du sexe et des relations entre les deux sexes que la pornographie. La seule peau qu’il connaisse est la sienne et encore surtout celle de son pénis en érection.

Ecarté de l’armée pour distribtution de matériel pornographique à ses potes, il retrouve sa maison, le vide abyssal de son existence et le porno. Mais aussi les chats, ces forums où le sexe se parle et ne se pratique plus. Piégé par une brigade de lutte contre la pédopornographie, il est condamné et emprisonné, puis relâché sous contrôle judiciaire. Relâché mais comme son iguane, Ziggy, le seul compagnon qui lui soit resté fidèle envers et contre tout, tenu par une corde ne lui permettant pas de dépasser une certaine zone, il se retrouve vite confronté aux limites du système et à la violente des « normaux ».

C’est après une « descente » punitive que le Kid rencontre un personnage plus étrange encore que lui. Un professeur d’université, spécialisé en sociologie des sans abri. L’homme est une montagne de graisse, un obèse gigantesque et apparemment tout à fait à l’aise dans son énorme masse de chair flasque. Tandiq que Kid est accro au sexe virtuel, le professeur est lui accro à la nourriture. Il engouffre chaque jour des monceaux de nourritures. Entre les deux, un étrange dialogue se noue. Comprendre Kid devient pour le professeur une volonté forcené, qui dépasse la simple curiosité universitaire. Kid lui cherche à déceler chez son étrange bienfaiteur une curiosité malsaine ou un désir caché.

A partir des marges, Russell Banks regarde les Etats Unis. Il regarde la paranoia, la norme hystérisée, la violence faite à la toute forme « d’anormalité ». Il explore la violence des rapports sociaux qui autorise ceux qui sont dans la norme à exclure ceux qui en sortent et qui permet à un état adepte d’un autoritarisme « doux » à se glisser dans la vie de chacun pour surveiller et punir. Magistral

Sur le site de l’éditeur

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Une réflexion sur “Russell Banks – Lointain souvenir de la peau (trad.P. Furlan) – Actes Sud

  1. Ce roman a l’air d’être en effet très intéressant et aborde le thème sous un angle qui me paraît très original. Votre critique me donne très envie de le lire, surtout que j’avais déjà remarqué, en allant dans ma librairie habituelle, le titre magnifique (je trouve) du livre, en anglais (je vis aux États-Unis cette année), Lost Memory of Skin, que le traducteur a bien rendu en français.
    À bientôt,
    L’Hermite

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