Humeur du jour – Notre humanité perdue

Il y a pour moi une chose que met en pleine lumière autant le geste de Merah que le traitement de ce geste. C’est le retour de la barbarie du pouvoir absolu. Non que ce plaisir bestial, animal ait jamais totalement disparu, il suffit de regarder le long passage des siècles pour découvrir que la sagesse ultime qui consiste à ne jamais abuser du pouvoir que le hasard peut nous donner sur un autre plus faible. Mais il semblait, après la seconde guerre mondiale, après la furie nazie avoir cessé d’être une norme, avoir subi non une ultime défaite, mais ne plus être « en vogue ». Malheureusement, petit à petit, ce retour du plaisir, semble-t-il ineffable, à humilier, agenouiller, salir, nier, et de manière ultime tuer avec plaisir a fait son grand retour, partout, dans toutes les catégories sociales et dans toutes les communautés.

Car on nous parle de communautarisme, on nous explique qu’il est nécessaire que les communautés réapprennent le vivre ensemble, mais quelle communauté ?  Quelle communauté entre ce garçon de Toulouse et sa propre mère ? quelle communauté entre ce soldat noir dont personne ne parle et ceux qu’on a vu à Nantes ce week end  communier dans la mémoire d’un esclavage multiforme?  Il n’y a pas de communauté. Il n’y a que des individus dressés les uns contre les autres, alliés pour un temps, ennemi pour toujours. Notre société est malade d’une nouvelle forme de féodalisme qui touche le monde entier. Le plus faible où qu’il soit, quel qu’il soit est une victime dans son groupe comme hors de son groupe. Le pauvre est la victime du riche, mais donnez à ce pauvre une arme et il la retournera contre plus faible que lui et non contre plus fort.

D’une manière moins dramatique toute personne qui voyage vit cela au moins une fois. Etre confronté à cet « agent de sécurité » qui décide que vous pouvez être sa victime. Il peut aller jusqu’à vous dénier le droit le plus absolu, celui du contrôle de son corps. La possibilité d’humilier un autre a été élevé au rang d’art premier dans nos sociétés occidentales. Nous nous autorisons le droit de ne pas regarder les plus humbles, d’humilier la femme de ménage qui sera soupçonnée immédiatement si nous ne retrouvons pas notre petit bracelet en pierres fines. Dans les entreprises, nous avons tous rencontré et parfois subi ce petit être abominable qui s’autorise pour une raison ou une autre à vous humilier, vous maltraiter, vous sanctionner juste parce qu’il ne vous aime et que la hiérarchie lui offre la prééminence momentanée de vous faire payer ses propres faiblesses, sa propre psycho pathologie.

Pour les femmes c’est bien sûr un pain quotidien, être la cible du « désir » d’un autre, qui repoussé, se mue en monstre de foire. Ce n’est pas communautaire, c’est au contraire le résultat d’une forme extrême d’individualisme où rien ne compte plus que la satisfaction primaire du moindre désir, sans nuance et sans réflexion. C’est là que réside désormais le risque le plus évident. Cette atomisation de l’humanité en une multitude d’egos imbéciles et cruels. Merah, comme son frère en félonie du Betar appelant au meurtre des arabes, comme sa sœur hystérique qui vomit les enfants noirs, comme tous ces individus haineux, enragés, seuls dans leur égocentrisme forcené.  Et face à ce qui ne peut normalement n’être d’aucun danger, nous ne sommes plus capables de réagir, trop occupés avec nos téléphones, nos tablettes, nos égos surdimensionnés et nos peurs enfantines d’abandon. Merah nous fait horreur, comme le suédois de l’été dernier ou l’assassin de Colombine, ou ces enfants jetant des cailloux sur d’autres enfants, parce qu’ils sont le symptôme de notre maladie commune, une lèpre odieuse qui nous rend sourd et aveugle au malheur, à la détresse des autres.

On n’est pas sauvé et c’est peut être mieux ainsi

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