Elfride Jelinek – Winterreise (trad. Sophie Andrée Herr) – Seuil

Huit monologues pour dire un long voyage au coeur d’un hiver moral et personnel qui ne semble plus avoir de fin. La belle dame des Lettres autrichiennes ne semble plus être que colère et rage envers un monde superficiel, malade de lui-même, cruel et sans avenir. Elle porte le fer dans  son sein même, ne se laissant aucun espoir, aucun répit. Son histoire rencontre ici la démence d’un monde où la finance et le racolage médiatique domine tout, tandis que les citoyens semblent s’abimer dans la plus abjecte folie.

Avec une fureur parfois difficile à lire, l’auteur raconte notre triste monde, notre insonsable bêtise, notre collaboration avec les forces mêmes qui nous détruisent. Le texte sur la barbarie de la finance virtuelle reine, cette mariée putain luxurieuse « qui se goinfre et qui gagne toujours, car la maison gagne toujours » est sans concession pour nous, nous qui acceptons de jouer avec cet argent et de nous soumettre à une loi inhumaine. Ou ce nouveau culte de l’amour réseau, du sexe par internet, cette petite mort du désir et de la beauté de l’amour, au profit de la consommation d’un besoin primaire. Huit monologues qui parlent d’un monde où le voyage semble désormais inexorablement conduire à la folie et à la mort. Une mort dans le deshonneur et dans la détresse.

Elle martèle chaque mot, elle lui fait suer son sens primal, le triture pour qu’il crie sa propre fureur, son propre refus de cette société où tout se consomme, même la détresse, surtout la détresse. On n’imagine ces textes dans la bouche de ces actrices qui ont fait la gloire des textes de Jelinek au cinéma, mais il pourrait tout aussi bien être dit, crié, murmuré par nous tous, dans la tristesse de nos coeurs brisés ou sur la scène publique de nos démocraties malades. Ces textes se lisent à voix haute, ils se partagent avec ceux que l’on aime et se clame à la gueule de ceux qu’on méprise pour leur conformisme morbide et leurs petits arrangements avec les bases élémentaires de l’éthique. Un libre hautement politique.

Sur le site de l’éditeur

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