Claudio Magris – Alphabets (trad.Jean & Marie-Noëlle Pastureau) – l’Arpenteur

Les chroniques rassemblées dans ce livre couvre presque une décennie, la première du XXIè siècle. Elles parlent avec délice, avec amour et avec respect des livres qui aujourd’hui, comme hier ont construit et/ou accompagné l’écrivain et critique italien depuis sa jeunesse. Magris sait parler  des livres qu’il a lu avec un art délicat, rappelant ici ses souvenirs d’enfance, là ses rencontres d’homme mûr, ses amitiés, ses classiques. Il rappelle que les livres construisent des univers multiples autour du lecteur, développe ses antennes et sa curiosité, donne envie de découvrir encore -les livres le plus souvent, car les humains s’avèrent le plus souvent particulièrement décevants- Alphabets révèle une partie du monde intérieur du lecteur Magris, son amour pour la littérature d’Europe Centrale, une littérature riche, diverse et particulièrement nuancée. Ce parcours de lecteur laisse rêveur, car chaque livre aimé et valorisé dans ces textes est un classique finalement, un livre qui trouve un echo positif chez la plupart des lecteurs. Est-ce à dire que finalement la littérature, la vraie, est un langage universel, quel que soit la langue d’origine de l’auteur? Un bien commun que peuvent se partager tous ceux et celles qui par curiosité ou par goût ont avec les livres un rapport fusionnel? Je n’ai personnellement guère de doute sur la question: on peut être plus ou moins proche d’un auteur, mais le fait qu’il fasse écho sous toutes les latitudes et à toutes les époques en fait une oeuvre littéraire, un bien commun de l’humanité. Et oui j’assume les grands mots et la grandiloquence 🙂

Ce qu’on remarque, c’est tout de même le peu de passion de l’auteur pour les écrivains d’outre atlantique. Sa seule chronique négative touche Ernest Hemingway qui ne trouve aucun écho favorable chez Magris. Steinbeck et Faulkner sont mieux traités mais on ne sent guère de passion. Sa découverte de la littérature du continent africain lui permet des pages magnifiques pour parler de ces ouvrages plein de force et d’une passion renouvelée. Quelques italiens, mais ce qui est remarquable c’est le formidable eclectisme de l’auteur triestin et son goût pour le beau, la délicatesse et une certaine tradition de grandeur toujous teintée d’humour. On notera avec intéret une des dernières chroniques, dans laquelle Magris nous parle d’anonymat et de son rôle bénéfique pour maîtriser l’égo surdimentionné de bien des auteurs (et souvent pas les meilleurs), un rappel que finalement la création ne jaillit pas ex-nihilo de nos petits cerveaux, mais que nous prenons, digérons, pillons, empruntons dans ce que nous voyons, lisons et écoutons. Et que nous ne sommes finalement que des passeurs…

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