Herta Müller – Animal du coeur (trad. Claire de Oliveira) – Gallimard

Avec certains auteurs, il faut savoir s’accrocher, reconnaître que si la rencontre ne se fait pas cela ne tient pas au talent de l’écrivain, mais à l’incapacité de lecteur. C’est ce que j’ai toujours ressenti à la lecture des romans de l’auteure allemande Herta Müller. Avec Animal de Coeur, j’ai enfin réussi à ouvrir la porte  du jardin de l’écrivain et à y trouver ma place. Ce roman est bouleversant dans son récit tout en nuance, toute en délicatesse et pourtant coupant comme un rasoir , de la vie dans un état totalitaire. La surveillance constante, la peur, la destruction des solidarités, la déconstruction de toute forme de solidarité. Et dans cette terreur constante, les manipulations des uns et des autres pour échapper à la main de fer du dictateur et de ses séides, les moyens désespérés d’échapper à l’éffroyable solitude que fabrique les espaces où la liberté est inexistante.
Le roman s’ouvre sur le récit tragique de la vie dans un pensionnat pour jeunes filles. La description de ses bas de nylon, nouvel arme absolu du charme féminin et de son pendant, le rimmel fabriqué avec de la suie et de l’eau et qui au fil de la journée se désagrège pour former une pluie noire sur les joues des jeunes filles en fleur. Dans ce lieu où on apprend vite à se soumettre aux règles coercitives et absurdes qu’elles retrouveront ensuite dans leur vie d’adulte, la jeune Lola est un papillon solitaire. Un papillon de nuit qui va se brûler au regard éteint des travailleurs de la glorieuse république roumaine. La narratrice conte ce drame en révélant par petites touches l’horreur que la tragédie de Lola va projeter sur sa propre vie.
Herta Müller campe ses jeunes héros tout au long de leur vie, entre des familles déconstruites par la guerre et dont certains sont d’anciens nazis chantant à la gloire du fuhrer pour oublier leur propre déchéance. Trois garçons, deux filles qui vont les uns à la suite des autres tenter d’échapper à la poigne d’acier du régime totalitaire, un espace où aucune liberté n’est autorisée, où tout est contrôlé, à l’extérieur, comme à l’intérieur et où la transparence est le premier signe de l’absence de liberté.
L’écriture oscille comme toujours entre prose et poésie, permettant à l’auteur de nous plonger dans la terreur roumaine de l’ère Ceaucescu. Magistral et terrible
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