Humeur du jour

Il y a deux dimensions dans la lecture, dans ma vision de la lecture au moins. La première est évidente: les livres ouvrent les fenêtres et les portes, font souffler un vent nouveau sur chaque journée. On y découvre des choses, on s’y complait dans les évidences et on admet que d’autres histoires peuvent être infiniment plus passionnantes que nos misérables petites existences.

La seconde est à double tranchant, lorsque les livres deviennent une béquille, la lecture une bouée ou un refuge, voire une caverne, le lecteur devient otage consentant d’un monde où il efface dans les pages des autres sa propre existence, ses doutes, ses blessures. J’ai longtemps envisagé la lecture dans sa dimension numéro 1, ne voyant pas que je m’abîmais dans la dimension n°2. Les livres sont devenus des pierres qui construisent les murs de ma prison volontaire. Commes les emmurées du Moyen Âge, je pose un à un les livres autour de moi pour m’isoler d’un monde qui m’insupporte, éloignant également les rencontres possibles, les histoires et les aventures. J’en suis consciente, on pourrait se dire que c’est déjà un pas vers la sortie, mais en fait, même en le sachant, je découvre que désormais seuls les livres m’apportent un peu de paix, lorsque ceux qui me sont proches me déçoivent….ou que je les déçois. Finalement plutôt dans ce sens d’ailleurs. Un mère qui ne m’aime guère, un père qui pense que je suis  encombrante, des amis qui m’aiment, s’ils savaient…Les livres ne peuvent être déçus. Ils accueillent n’importe qui dans le sein douillet de leurs pages. Ils offrent l’abri, l’épaule, les voix qui peuplent les silences d’une solitude si lourde à porter.

C’est peut être un pis aller, une fuite en avant, mais qu’importe finalement, car dans ce monde changeant et mystérieux, ce caveau d’Aladin, les voleurs de temps laissent des millions de mots pour permettre chaque jour au lecteur de poursuivre sa route stérile. Des histoires pour accompagner la route vers l’abime.

Vive la lecture et merci à ces hommes et femmes qui chaque jour glissent dans nos vies sans intérêt le supplément d’âme qui fait souffler un vent frais dans nos têtes lourdes…

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Une réflexion sur “Humeur du jour

  1. Pour ma part, beaucoup de livres me déçoivent. Même si je me retrouve dans vos deux dimensions, le fait d’avoir des enfants qui questionnent constamment obligent à être présent à ma vraie vie. Parce que comme vous, mes ascendants ne me semblent pas à la hauteur, mais j’ai 48 ans, je m’en fiche depuis longtemps, il me faut être à la hauteur pour mes descendants! , Qui malheureusement, n’aiment pas beaucoup la lecture, mais nous avons tant d’autres choses en commun, qu’importe, ils sont ce qu’ils sont…et c’est bien ainsi. Je pense que j’écumerai ma bibliothèque que je sentirai l’heure de partir, si je le peux, pour que mes enfants ne gardent que les livre strictement nécessaires, et ils sont peu…

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