Linda Lê – Lame de fond – Christian Bourgois

Une femme, un homme, une fille, une maîtresse. Un quatuor uni d’abord dans le mensonge et le déni, puis dans la mort. Quatre voix pour dire l’amour, le hasard, l’exil et la difficulté d’être soi. Linda Lê dans ce roman bouleversant joue une partition à quatre voix de l’aube à l’aube ou du coeur de la nuit au  crépuscule des dieux, lorsque dans la mort il ne reste que la paix des cimetières et les regrets amers. Van, migrant venu de ce Vietnam brisé par l’aigle bifront deds malheurs du XXè siècle, trouve dans la capitale, dans le quartier de Belleville un refuge pour y exercer sa passion pour la traduction et les volutes d’une langue d’adoption léguée par une mère courage. Bien dans sa peau malgré les remarques de quelques hystériques encore peu nombreux de l’ennemi c’est l’autre, il rencontre et épouse une jeune bretonne Lou, dont la mère est pourtant un de ces monstres de foire nés de la peur et l’ignorance. Leur couple, comme tant d’autres, se construit autour d’un enfant, une fillette Laure, qui en grandissant devient rétive à toute forme d’intégration, rejetant les normes et les règles imposées par une société du rejet de la différence. Dans la vie calme de cette famille surgit brutalement, Ulma, eurasienne à la recherche de son demi-frère, Van. Cette confrontation brutale avec un passé inconnu va provoquer un séisme et jeter les personnages dans les abimes d’un voyage intérieur désespéré.

Ce qui fascinant dans ce roman, outre l’histoire particulièrement bien menée et le style toujours impeccable de l’auteure, c’est la facture des personnages. D’où qu’ils viennent ils sont confrontés à la méfiance et au rejet. Qu’ils fassent tout pour se fondre dans le moule comme Van et Ulma ou qu’ils ruent dans les brancards comme Lou et Laure, ils ne parviennent pas à échapper au poids d’une société ou d’individus qui les rejettent pour cause de différence. Deux portraits de mères s’affrontent, celle de Van, mère courage et digne qui malgré les difficultés de la vie dans un  Vietnam en guerre pousse son fils vers l’aventure d’un monde autre, une langue autre, une culture autre. En opposition les mères de Lou et d’Ulma sont deux harpies haineuses et incapables de prendre leur responsabilité, accusant la terre entière de ne pas se soumettre à leurs règles.

Lame de fond est un roman intimiste et cruel où l’amour malgré tout surgit pour la résilience de l’un et des autres.

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