Toni Morrison – Home (trad. Christine Laferrière) – Ch.Bourgois

Ce roman très attendu de l’écrivain et prix nobel de littérature est à la fois l’incarnation de son parcours romanesque et de son engagement dans le récit de l’histoire intime des noirs aux Etats Unis, et pour cette raison un peu décevant, manquant de la profondeur et de la force de ces autres livres. Trop d’élipses  rendent à certains égards les personnages parfois à la limite du compréhensible. Une famille fuyant le Texas, trouvant refuge dans une bourgade de Georgie, auprès d’une famille aussi peu aimante que possible, mais décidée malgré tout à faire ce qui doit être fait. Les années 50, la ségrégation vit ses dernières années et ces années sont d’une rare violence. Les soldats noirs qui ont connu l’expérience de la vie loin de la ségrégation doivent affronter une haine ravivée par cette presque liberté.

Frank revient de cette guerre est raconte son histoire, leur vie auprès d’une grand mère haineuse, son engagement dans l’armée pour fuir la brutalité des cagoulés, le départ de sa petite soeur très aimée avec un traine savate et sa rencontre tragique avec un médecin boucher. Face à sa voix parfois péremptoire, un narrateur tente de dire la totalité de l’histoire. Entre ces deux voix se dessine le portrait d’un monde avec la foi mais sans la loi, où l’injustice est une norme et où la mort rode derrière le front borné de chaque blanc croisé au détour d’un chemin.

Mais parfois des voix s’élèvent, des femmes se dressent contre l’inertie du système. Jamais frontalement, elles se dressent cependant contre le système en vigueur. C’est peut être la partie la plus réussie de ce cours roman, la rencontre avec des femmes qui croient en un Jésus trop loin pour les aider et qui par la seule refus de la misère et du malheur parviennent à résister à la folie de ce monde.

Home est un histoire sans fin de courage et de peur, de tragédie et de violence, d’engagement et de défaite. L’histoire des chevaux sauvages qui ouvrent le roman, histoire qu’on retrouve dans un roman de Percival Everett, est à l’image de ce récit: la beauté, la sauvagerie et la grâce doivent être vaincue, brisée pour devenir de la viande de boucherie. Leur mort, comme celle d’une petite coréenne montrent la laideur des hommes et leur incapacité à s’affranchir de cette laideur autrement qu’en détruisant tout sur leur passage. Les femmes, les filles sont les victimes expiatoires et doivent donc être toujours plus fortes, toujours plus indépendantes dans leur coeur et dans leur esprit.

Oui, toute l’oeuvre de Toni Morrison est là, mais trop concentrée, ce qui à de rares moments prêts rends le récit presque factice. Soyons honnête, un roman moyen de Toni Morrison reste infiniment supérieur à de nombreuses productions françaises niaises, mais pour moi, Home n’est pas un grand Toni Morrison.

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