Roberto Calasso – La folie qui vient des nymphes (trad. Jean-Paul Manganaro) – Flammarion

Un court essai très stimulant de l’écrivain et éditeur italien Roberto Calasso, qui en quelques chapitres aborde le thème de cette « possession » venue d’une antiquité encore adepte de la magique rencontre en dieux et humains, gage de la plus grande imagination et qui s’insinue encore dans notre modernité  revenue de tout, dans le coeur et l’âme d’écrivains un peu plus fragiles et par la même un peu plus ouverts à ce qui n’est pas totalement compréhensible et analysable. Cette possession par les nymphes, êtres trompeurs, incarnant à merveille l’ambivalence du monde et la formidable énergie du désir, qu’on trouve dans l’oeuvre grecque jusqu’à ce que l’iconoclate pédant Platon ne vienne créer un monde d’ennui mortel ouvrant ses bras à un dieu unique et barbare (barbu et barbant aussi…), l’auteur la retrouve chez d’autres artistes tout au long de l’histoire. Les peintres dela Renaissance italienne, Kafka découvrant le théatre yiddish, le musicien John Cage, le réalisateur Alfred Hitchcock ou l’écrivain Elias Canetti.

Chez tous ces artistes et dans des arts aussi différents que l’écriture, le cinéma, la photographie ou l’édition, Calasso traque ceux et celles qui semblent sous le joug de ces êtres étranges venus du coeur des eaux limpides et tumultueuses et élevées à l’ombre de dragons, créatures de feu terrées au fond des grottes sombres et humides. Il les aperçoit dans les plis aériens des robes de jeunes filles en fleur, perdues dans les lourdeurs bourgeoises des peintures renaissantes. Ou encore dans l’analyse hallucinée du film « Fenêtre sur Cour » d’Alfred Hitchcock sorte d’incarnation de la psychanalyse la plus débridée. Mais également dans les errances d’un Kafka amateur du naturisme et amoureux d’une actrice du théatre yiddish, que d’aucun trouverait aujourd’hui aussi infréquentable que certaines caricatures « vulgaires ».

Sur ces « sentiers tortueux », Calasso baguenaude avec son lecteur, dans un jeu élégant et cultivé. Et sans s’en apercevoir, on sent ici ou là, le souffle de ces êtres divins s’insinuer dans nos âmes sèches pour nous rappeler que la vérité a depuis bien longtemps quitté ces terres froides où règnent désormais les vendeurs d’arrières mondes et de violence aveugle. Un livre qui comme l’oeuvre d’Elias Canetti est une bouffée d’oxygène.

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