Salman Rushdie – Joseph Anton (trad. Gérard Meudal) – Plon

Dans mon top de rentrée cette autobiographie d’un homme soumis pendant 9 ans à la furia d’un groupe d’hystériques barbus et qui aujourd’hui encore fait l’objet d’un contrat mis sur sa tête par quelques malandrins en mal de publicité trouve une place spéciale. Ce n’est pas le meilleur des  livres lus depuis début septembre, mais c’est celui qui touche le plus dans les circonstances actuelles. Il résonne comme un nouvel avertissement à nos petites lâchetés: la liberté d’expression ne peut, ne doit être bordée, car une frontière en appellera une autre, puis une autre, puis encore une autre et un jour le délit de blasphème redeviendra une réalité dans nos sociétés libérales. Plonger dans le quotidien de Salman Rushdie, devenu Joseph Anton pendant ces neuf années d’exil intérieur, c’est se plonger dans ce qui pourrait devenir nos existences si une « autorité » supérieure décidait de ce que nous pouvons dire, écrire, lire et rêver. Un cauchemar? Une menace de plus en plus prégnante.

Curieusement ce livre est sorti au moment où un polémique mettait le feu aux poudrières de quelques pays sous lois islamiques (notez le pluriel car ces lois sont aussi différentes que les terres d’Islam). Quatorze minutes d’un film stupide et sans intérêt, exhumé par un saoudien empressé de promouvoir ce torchon, quelques dessins  dans un journal satirique et hop des dizaines de morts dont un consul qui avait soutenu la révolution libyenne et des sud africains pris malencontreusement pour des américains. De la pellicule, du papier et des morts. On a entendu ici ou là que la liberté d’expression devait s’accompagner d’un devoir de responsabilité, que les religions devaient être respectées et qu’il était temps de remettre la religion sur son piedestal afin de pouvoir recommencer la longue histoire des morts pour délits de blasphème. On les tous entendus ces adeptes de la responsabilité appelant à faire preuve vis-à-vis de la religion et particulièrement de la religion musulmane  d’un peu de retenu au prétexte que ses coréligionnaires pourraient être heurté par la satire et la moquerie.

Le parallèle avec ce qui arriva à Rushdie, toutes proportions gardées, est hallucinant. Un homme écrit un livre, une journaliste publie un article incendiaire (enfin surtout dans son titre), un loufiat fait signer à un vieux barbouze de la religion un texte pour condamner un livre qui n’a même pas été ouvert et on part pour neuf années d’hystérie collective. L’Angleterre de Thatcher et de son successeur Major tétanisée par les mouvements de foule emmené par les mollah radicaux présents sur tout le territoire britannique, les services secrets terrorisés par les menaces iraniennes _ déjà très en pointe pour créer un maximum de fantasmes chez les trouillards et chez ceux qui savent le bénéfice à tirer de la trouille, n’est pas Benjie_ et partout dans le monde des éditeurs, des écrivains, des intellectuels, des médias et des politiques, abandonnant sans complexe leur principe pour communier dans le divine trouille.

Pour ceux qui ont lu « Les Versets Sataniques » le décalage entre le texte et les réactions est phénoménal. Rien dans ce livre ne prête à confusion et si l’écrivain est athée son traitement de l’Histoire de l’Islam est parfaitement acceptable. On a le droit de ne pas aimer, mais avait-on le droit de condamner un homme à mort, physique puis sociale pour autant? La réponse est évidente n’est-ce pas. Et bien malheureusement à la lecture de ces 700 pages d’une décenie infernale on se dit que ce pauvre Chevalier de La Barre pourrait bientôt avoir de nouveaux tristes camarades. L’athéisme désormais militant de Rushdie _et on le serait à moins_  est une bouffée d’oxygène dans cet air vicié par la bigoterie. Oui, on tue au nom de l’Islam, on détruit au nom du judaïsme et on méprise au nom du Christ, alors il est temps de se débarraser de ces idoles et de revenir à ce qui est important: l’amour, la vie, la joie et la littérature.

Hardi Salman Joseph Anton Rushdie, on est avec toi pour dire haut et fort « barbus de toutes confessions, dégagez de notre soleil! »

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