Pascal Quignard – Les désarçonnés – Grasset

Entrer dans la prose poétique et délicate de Pascal Quignard c’est toujours s’affranchir du monde. En sortir, non pour le regarder de travers ou de haut, mais juste autrement après un séjour dans la douceur et la qualité d’une plume unique. Les sujets abordés peuvent être d’une extrême   dureté, violents même; comme dans ce dernier opus du Dernier Royaume, la qualité de l’écriture, la clarté de la réflexion et le plaisir infini à baigner dans la lumière vive d’une culture magistrale font qu’en tant que lecteur, on se sent transformé, un peu autre à la sortie de ce livre. Pascal Quignard provoque la chute de son lecteur à la suite de tant d’autres chutes inaugurales décrites dans ce livre et nous invite à nous relever pour regarder nos vies, nos cultures, notre quotidien et notre histoire d’un regard purifié et sans doute plus doux.

Il suffisait d’écouter ce matin les Nouveaux Chemins de la connaissance pour s’en souvenir, les mythes de notre chère antiquité grecque ont une merveilleuse postérité dans notre histoire contemporaine. Dans ce VII tome du Dernier Royaume qui s’ouvre sur le sacrifice atroce d’un bouc émissaire, Pascal Quignard nous propose une promenade dans l’histoire cruelle de la naissance au monde et de notre permanente recherche d’une origine fantasmatique. Comme toujours, le lecteur est baigné dans la culture, invité à regarder ici pour ensuite aller regarder ailleurs. Quignard est l’archétype de l’écrivain accoucheur, ce péripatéticien qui honore notre héritage grec.

Pour ce faire, il nous propose de multiples anecdotes en apparence décousues dans le temps et l’espace, mais qui pavent le chemin du lecteur, le guide tranquillement, le laissant libre de baguenauder, de s’attarder ici ou là, avant de poursuivre sa progression. L’amour, la mort, le sacrifice et la naissance, autant de balises qui nous mènent vers une réflexion intense sur nos origines intimes, sur l’origine de nos civilisations, sur la cruauté qui préside à l’histoire d’homo sapiens sapiens, ce surprédateur qui brise un par un tous les autres, les dépècent et s’en parent pour sacraliser sa victoire. Jouissance du sang des vaincus, comme jouissance du corps soumis pour préalable à l’accouplement mythique qui fait de chaque home une petite divinité infernale.

Depuis le début de l’aventure du Dernier Royaume Pascal  Quignard interroge encore et encore l’Histoire, la Légende, son histoire, sa propre légende et nous propose de faire de même, non pour nous inquiéter mais finalement comme Montaigne, pour apprendre à nous déprendre de nos certitudes, apprivoiser nos peurs et apprendre à accepter notre chute inéluctable.

Magnifique, poétique et doux comme un rêve…

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