Mickaël Foessel – Après la fin du monde, critique de la raison apocalyptique – Seuil

Après Critique de la raison sécuritaire, le philosophe Mickaël Foessel revient sur nos temps catastrophés avec ce nouvel essai. Lorsque je l’ai entendu sur France Culture, j’ai été séduite par la présentation de l’essai. Clair, didactique et non dénué d’humour, le philosophe semblait poser  d’intéressantes questions et ouvrir de non moins intéressantes pistes de réflexion. Malheureusement de la présentation à la réalisation, il y a un pas, et ce pas est parfois infranchissable pour des esprits brouillons. Salmigondis de tout et du contraire de tout, ce livre a pour effet de créer un sentiment de malaise devant l’incapacité de l’auteur à partir de vœux pieux et de niaiseries naïves. Quand être au monde devient une incapacité à regarder la réalité en face, il devient une injonction à ne rien faire qui tranche avec l’apparente réhabilitation du politique qui apparait dans l’ouvrage.  Quand une forme de stoïcisme rencontre des formes latentes de « panglossisme » on assiste à un décentrement de la question de la responsabilité de l’être dans le monde assez désagréable à lire.

Notre modernité n’a pas le monopole de la crainte de la fin du monde et des discours eschatologiques. Elle a par contre cette nouveauté de sa potentialité de mise en pratique. Evidence qui incite de nombreux hommes et femmes à craindre l’avenir et à voir dans le présent les effets pervers de l’inconscience collective. La technicité allié à des formes diverses de désœuvrement éthique et au culte de l’homme prométhéen ont créé la capacité de détruire très vite de grands nombres d’hommes et de femmes, voire la totalité de notre espèce, mais également un nombre croissant d’autres espèces et notre biosphère elle-même.

Cette réalité technique est devenue encore plus criante avec l’analyse du poids de plus en plus lourd des choix environnementaux et économiques d’un groupe restreint d’individus sur notre planète. La notion de progrès devient alors relative, tellement relative qu’on peut parler d’une crainte légitime devant l’usage moderne  d’un terme qui oublie qu’un progrès mal compris peut devenir un poids pour les femmes et les hommes non « comptabilisés » dans l’image d’Epinal d’un progrès idéalisé.

Les peurs engendrées par un monde semblant tourner à l’envers et au profit d’une ploutocratie provoquent des réactions épidermiques qui vont de l’intégrisme religieux au rejet de toutes formes de modernité technophile. Balayer ces peurs d’un revers de la main, avec la morgue du sachant qui humilie les pauvres « incomprenants », les peureux, les craintifs, les déçus d’une globalisation où l’homme n’a guère de place, au nom d’une idée assez nébuleuse appelée le « cosmopolitique » est tout à fait contre productif pour le propos de l’auteur. Il est certain qu’il est nécessaire de ne pas se laisser enfermer dans la nationalisme ou le régionalisme ou l’intégrisme étroit, qu’il faut accueillir l’autre dans sa diversité pour regarder le monde autrement et remettre sans cesse en cause ses certitudes, mais lorsque l’autre vient vous cracher à la figure et déféquer sur votre tapis, il est plus compliqué de rester ouvert et disponible. La naïveté est bonne parfois, mais il faut aussi reconnaître comme Voltaire que certains particularisme sont difficilement réductibles ou solubles dans les valeurs démocratiques.

Il y a dans le propos de cet auteur, comme dans celui de beaucoup de philosophes un anti-naturalisme consistant à mélanger tout et n’importe quoi au nom d’une liberté prétendue sacrée des individus et d’une lutte contre une dérive à la fois sécuritaire et sanitaire où l’auteur mélange beaucoup de choses sans grand rapport. Pour le plaisir d’un petit groupe, il faudrait restreindre la liberté de la majorité qui aurait une sorte de tendance naturelle au conformisme et au rejet de la modernité ? Position plaisante certes et surtout très facile, qui consiste finalement à dire « après moi le déluge ».

L’homme n’aime guère être dérangé dans ses certitudes et ses habitudes, c’est une évidence, mais lier à cela à un conformisme et à un conservatisme étroits s’opposant à l’attrait d’une ouverture totale au monde semble pour le moins remarquablement naïf. La peur n’empêche pas le danger, mais regarder en face les problèmes ne signifie pas pour autant  l’incapacité à envisager l’avenir et une modernité dignes pour tous.

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