Judith Stora-Sandor – Le rire élu – anthologie de l’humour juif dans la littérature mondiale

Drôle de finir ce livre au moment où je découvre la superbe critique de David Rieff concernant le livre de Claude Lanzmann, le Lièvre de Patagonie, sortie récemment aux Etats Unis. Une preuve que l’humour juif comme tous les autres ne supporte guère les fanatiques de tous bords 54174 que ce soit. Ce que ce livre tout à fait remarquable rappelle c’est l’extrême variété de l’humour et son rôle dans une société où l’exil, la diaspora, le danger et les menaces diverses fondent un quotidien toujours sur le fil du rasoir. L’auteur nous ouvre les portes d’un monde que les amateurs de littérature connaissent mais qui trouve par le travail de Judith Stora-Sandor une unité tout à fait exceptionnel.
Loin d’être un catalogue de bons mots ou d’auteurs, cette anthologie d’un rire qui semble vouloir arracher l’homme à la folie du monde, tout en reconnaissant la nécessité de s’y inscrire. L’auteur parle de l’humour juif du ghetto, de celui des juifs américains d’après guerre, l’humour des sionistes et des croyants, mais également l’humour d’après la Shoah, car finalement, c’est sans doute la seule revanche possible contre la barbarie que de pouvoir en rire et ainsi la dépasser, la circonvenir et la vaincre.

Ce qui apparait dans cet essai, c’est que tout est objet d’un rire grinçant, à la fois hymne à la vie et pied de nez au destin: les relations avec les parents et surtout avec la mère, l’amour, le mariage, le sexe, le travail et les relations avec les amis et les voisins. Mais on trouve un dialogue permanent et plein d’humour et de distance avec dieu, ce créateur objet d’adoration et de colère, et d’une confiance mitigée. Et comme le révèle un trait de l’humour juif, tous ces traits, toutes ces critiques, cette colère et cet amour sont souvent l’apanage d’un seul individu. On retrouve avec délice le cher Philip Roth et ses provocations contre l’identité juive américaine, le kabbaliste Gershom Sholem, mais aussi des auteurs plus contemporains comme l’israélien etgar Keret. Des hommes et des femmes qui partagent une même capacité de mise à distance et de confrontation désenchantée avec le réel.

Un essai drôle, brillant, érudit où l’auteur rappelle que la culture et la littérature sont ces merveilleuses invitations à douter, à refuser ce qui est inacceptable et se familiariser avec ce qu’on ne peut changer, notre capacité à rire et à remettre en cause étant sans doute les seuls véritables cadeaux de l’évolution de notre esprit. Et dans ce domaine, c’est dans le monde juif, dans la culture juive que nous pouvons trouver la permanence de l’esprit frondeur et du rire de résistance.

Sur le site de l’éditeur

 

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