Andréa Molesini – Tous les salauds ne sont pas de Vienne (trad. Dominique Vittoz) – Calmann-Levy

http://www.decitre.fr/livres/tous-les-salauds-ne-sont-pas-de-vienne-9782702143995.html

Quand la micro histoire sert à éclairer des pans de la grande histoire on a la chance de découvrir qu’on ignore beaucoup trop de choses de notre histoire proche. Ainsi la première guerre mondiale réduite en France au destin des poilus, aux terribles tranchées et à quelques généraux entre 9782702143995FS impéritie et courage fou, devient, quand on passe la frontière des Alpes un affrontement entre l’Empire et une jeune république fragile. Le nord de l’Italie devient le théatre d’un affrontement entre les armées du Kaiser et les populations civiles prises en otage par l’armée d’occupation. C’est cette histoire que raconte avec beaucoup de talent Andréa Molesini, au travers du destin de la famille Spada, bourgeois du nord de l’Italie arrachée à leur vie campagnarde et douce malgré la guerre, et jeter dans les affres d’une résistance multiforme.

L’occupation de la maison de famille par les officiers de l’armée austro-hongroise révèle la complexité de ces situations où le gris est de mise. On peut être résistant et aider de son mieux les opposants et rester courtois envers les occupants, car au-delà du courage il faut savoir protéger ce qui doit l’être. On résiste toujours mieux quand on n’est pas enfermé en prison ou mort. On découvre alors l’humanité de l’occupant, sa courtoisie et sa finesse, malgré la dureté et la brutalité de la guerre. Et à l’inverse on découvre la dureté, parfois la vilénie des résistants notamment dans leurs relations avec ceux qui ne leur servent à rien.

Malheureusement dans un cas comme dans l’autre, on oublie souvent que le mépris fabrique de la colère et que de cette colère nait le désir de revanche, de vengeance. Le courage de cette famille va se retrouver confronter à la tragédie de cette vengeance surgie de l’ombre. Et dans la tragédie qui suivra c’est bien la fin d’un monde qui s’incarnera. Molesini utilise ici la leçon de son prestigieux devancier, Giuseppe Tomasi di Lampedusa, pour raconter cette fin d’un monde que représente le premier conflit mondial, lorsque la mort des princes et des grandes familles se fait sous les yeux du petit peuple et des serviteurs, qui comprennent alors que le droit « divin » des anciens maîtres appartient à un temps révolu.

Un très grand roman historique et une belle leçon sur la complexité des hommes et des femmes.

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