Pierre Bayard – Aurais-je été résistant ou bourreau? – Les editions de minuit (Paradoxe)

http://www.amazon.fr/Aurais-je-%C3%A9t%C3%A9-r%C3%A9sistant-ou-bourreau/dp/2707322776/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1362746126&sr=8-1
Une question rhétorique que beaucoup se sont posée à un moment ou à un autre, concernant la Shoah ou le simple fait 315Cbva1vML._SL500_AA300_de refuser des lois inhumaines en démocratique. Une quetion qui semble n’avoir aucun intérêt si ce n’est pour se flageller ou se couvrir aisément d’éloges. Un exercice d’histoire fiction dans laquelle, nous serions beaucoup à nous éprendre de la posture du héros. Mais Pierre Bayard est un fin lettré et un analyste du verbe, il peut donc à loisir transformer un exercice un peu vain en recherche plus fine de soi bien appuyé sur une connaissance de son propre environnement et qui ne finit pas par une affirmation péremptoire, mais pas un faisceau de propositions passionnantes.
Dans cet essai, Pierre Bayard part de son histoire personnelle et de l’expérience vécue par ses parents. Une proximité intellectuelle lui permet de s’incarner dans le parcours de son propre père, alors étudiant à l’Ecole Normale. Puis il s’appuie sur les différentes expériences de résistances incarnée par les hommes d’action, « les héros », les « justes » ou « sauveteurs », les opposants internes au régime nazi, certaines figures de déportés. Ces exemples liés à la Shoah, sont ensuite suivis d’exemples de résistance à d’autres barbaries, celle des Khmers rouges, de la guerre en Yougoslavie et des crimes tutsis au Rwanda.
Dans le parcours de ces individus, Pierre Bayard recherche les raisons qui provoquent chez certains le désir de s’engager dans la lutte, celui de venir en aide à d’autres individus, l’attachement à des valeurs humaines dépassant la peur de s’affranchir du poids du groupe. Dans tous les cas, une sorte d’évidence semble surgir. Un engagement « naturel » ne répondant ni à la logique, ni à aux questionnements: une évidence qu’on pourrait presque réduire à « parce que c’était lui ou elle » un frère, une soeur en humanité.
La dimension spirituelle clôt l’essai, comme une sorte d’encouragement à se dépasser parce que la vie humaine est un bien sacré. On sait que nombreux furent et demeurent parmi les croyants qui n’hésitèrent pas à livrer leurs voisins, mais on note chez ceux et celles qui s’opposent à la barbarie, au nom de principes universels, une spiritualité forte et vivace.
Un élément très intéressant de cet essai est l’histoire de la tchèque Milena Jesenska, amie de la résistance Marguerite Buber-Neumann, déportée à Ravensbruck et dont toute l’attitude semblait révéler une capacité de s’affranchir de la peur et du retrait en soi. Une personnalité lumineuse dont ses proches et amies semble garder un souvenir ébloui.
L’essai est passionnant, comme toujours avec Pierre Bayard, et au delà de l’étrange paradoxe de poser une question qu’il est pratiquement impossible de vraiment trancher, il y a un travail d’analyses croisées particulièrement stimulant. Et peut être aussi un appel de l’auteur à se s’apprendre et à se découvrir pour découvrir en soi le reflet de cette personnalité potentielle qu’une période de crise pourrait révéler.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s