Imre Kertèsz – Sauvegarde journal 2001-2003 (trad. Natalia Zaremba-Huszvai & Charles Zaremba) – Actes Sud

9782330010829http://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature-etrangere/sauvegarde
Lire un journal a ceci de passionnant que vous n’êtes pas pris en traitre, ce qui sera écrit dans les pages qui se tournent est une vie, une portion de vie assumée et revendiquée. L’auteur vous prend par la main et vous fait passer le pas de la porte de sa conscience et parfois de son inconscient. Vous aimez ou pas, approuvez ou pas, êtes amusé, ému ou en colère, mais le pacte entre lecteur et auteur est respecté. On est loin de ces pseudos romans où des filles et fils hystériques viennent vomir leur haine recuite de leurs géniteurs et remporter la palme de pauvre petite victime, tout en touchant avec intérêts les 30 deniers de la trahison la plus laide. Mais revenons à ce journal qui de 2001 à 2003 accompagnent la difficile écriture de Liquidation, le récit de la tragédie vécue par l’auteur à Buchenvald. On y découvre la difficulté d’être au monde, la haine d’une société hongroise qui ne parvient jamais vraiment à s’affranchir de son antisémitisme et du nationalisme puant qu’on a trop souvent cru être une forme de résistance.

La vie de Kertèsz entre 2001 et 2003 est comme celle de beaucoup de citoyens du monde, conscient des drames qui se jouent dans une modernité furieusement passéiste et antipathique. La difficulté d’écrire quand les maladies liées à la vieillesse amoindrissent le corps avec une cruauté d’autant plus implacable que l’esprit est encore vif. La difficulté de regarder le monde tel qu’il est lorsqu’on a été victime de la barbarie nazie puis de la furia communiste et qu’on voit l’horrible tête du nationalisme se glisser partout autour de soi. La rage de voir l’amour et l’affection se dissoudre dans la débilité des corps et les maladies qui se répandent dans les cellules comme une nouvelle peste brune. Difficile dans ce cas de ne pas sombrer dans l’amertume et parfois la cruauté. Témoin d’une histoire terrible pour lui et pour ses coréligionnaires, Imre Kertèsz porte une rage qu’il ne sait pas toujours maîtriser. Son regard sur la société hongroise est pour le moins acéré, nous en sommes les témoins depuis quelques années maintenant, tandis que son regard sur la socité israélienne semble celui de l’amant incapable de voir la cruauté de son amante, ou l’enfant incapable de se dresser contre la brutalité de ses parents. Cela le pousse à rejeter avec violence tous ces juifs qui osent critiquer une société israélienne fermée à toute idée de négociation. Incapable de s’affranchir des terribles souvenirs de son histoire, il voit le danger partout et l’antisémitisme dans chaque mot contre l’état israélien.

Malgré ces moments d’aigreur, le journal de l’écrivain hongrois raconte avec verdeur son rapport au temps, aux femmes, à la critique, à son pays, la Hongrie qu’il ne peut s’empêcher de mépriser, à son pays d’accueil l’Allemagne et à une Europe occidentale largement idéalisée. On y lit la peur de souffrir, la peur de disparaître, la crainte de voir un jour les monstres de son enfance se réincarner pour venir finir le travail et éradiquer tous les juifs du monde. Le journal parle aussi du processus d’écriture, du travail ingrat de parler de soi et de la transfomer en une expérience qu’on puisse partager et faire comprendre. L’écrivain ne chercher pas à se faire mousser, comme tous ces pseudos écrivains du nombril triomphant dont on nous rebat les oreilles, mais juste à dire avec sincérité ses doutes, ses faiblesses, ses refus. C’est parfois ingrat, c’est toujours passionnant.

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