Pola Oloixarac – Les théories sauvages (trad. Isabelle Gugnon) – Seuil

9782021035452http://www.seuil.com/livre-9782021035452.htm

Un roman très étrange et très stimulant, où l’auteure mêle avec art le loufoque et l’érudit, le salace et le politque. Le style est brillant et enlevé et le roman se dévore comme un polar ou un roman de cul ou un essai d’anthropologie rondement mené. Un premier roman maîtrisé et détonnant. Un anthropologue recherchant la fonction de la violence dans les sociétés premières. Une jeune étudiante fascinée par son professeur et par les travaux de l’anthropologue sur la violence. Un couple laid et accroc du sexe, fasciné par la violente de la beauté et la fascination de la difformité. Trois histoires, trois fils tirés avec talent par Pola Oloixarac pour former une trame à la fois complexe et passionnément liée. Chaque protagoniste avance ses théories avec une morgue et une suffisance qui finissent toujours par se confronter et se déliter dans le réel, dans des moments d’une grande intensité dramatique, parfois même très émouvants.

Tout commence en Nouvelle Guinée, avec les rites de passage de certaines tribus où les adolescents sont brutalement confronté à la fragilité de l’expérience et à la cruauté de la nature. Manger ou être mangé, une histoire vieille comme le monde. Pendant ce temps dans un autre espace, des coits non interruptus donnent naissance à deux être d’une rare laideur qui se trouveront par hasard un jour face à face pour confronter le regard posé par le monde normé sur leurs appétits débridés. Puis surgit l’étudiante brillante et asociale, vivant au coeur de l’intellectualisme le plus pur, tout en jouant les mères pour une chatte appelée Michelle Montaigne et un poisson rouge Yorick survivant de l’apocalypse du bocal.
Trois axes, et quatre destins qui du début du XXè siècle au XIXè siècle en passant par la dictature se déploient dans les méandre de personnalités hors du commun.
Le sexe et la violence sont omniprésents dans le récit, mais d’une manière festive, jamais glauque. L’auteure ne perd jamais de vue que le sexe quand il récuse l’esprit de sérieux est gai et léger et politiquement incorrect. On a le droit d’être une étudiante associale et brillante et de rêver de s’envoyer en l’air avec un professeur au divin nom d’Auguste. On a aussi le droit quand on est dépourvu des charmes à la mode du temps, de vouloir s’envoyer en l’air avec des êtres beaux et libres mais également avec des déficients mentaux. Au passage, c’est un formidable rappel que la déficience physique ou mental ne veut pas dire abscence de désirs et il faut être abominablement normaux pour refuser cette faculté inhérente à chacun. On découvre aussi les travaux d’un anthropologue allemand du début du XXè, qui découvre que derrière la « barbarie » de certains rites, il y a un profond attachement à la réalité complexe de la vie humaine en lien avec l’univers.

Pola Oloixarac s’amuse à nous perdre dans les méandres de son récit, elle s’amuse aussi à casser les codes d’une sexualité normative aussi ennuyeuse que possible. Parfois crue elle n’est jamais vulgaire car ses personnages sont magnifiques, une sorte de théatre où l’absurde n’est jamais loin, mais un absurde qui rêve d’humanité complexe loin des normes abêtissantes et blessantes.

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