La fin d’Alice – A.M.Homes ( trad. J.F.Hel-Guedj & Y.Gentric) – Actes Sud

9782330017965FSUn roman bien mal sonnant au moment où une nouvelle affaire de détention arbitraire de jeunes femmes pendant de longues années par des hommes en plein coeur de nos cités emplies de bruits, de fureur, de caméras, mais toujours plus dépourvues de sécurité. Un roman mal sonnant assumé, cruel et froid comme le scalpel fouaillant la folie, les particularités de certains de nos frères et soeurs humains. A.M.Homes se livre à un exercice risqué en se mettant dans le coeur et les reins d’un pédophile et d’une jeune femme sur le point de se laisser aller à ses pires instincts. Un exercice d’autant plus risqué que la sombre héroine de ce livre est une femme pédophile, crime dont on parle peu, tant il semble impensable à la plupart de nos contemporains. Jusqu’où se loge le sexisme…
La rencontre épistolaire entre cette jeune étudiante décidée à s’ouvrir à ses fantaisies sexuelles et un pédophile enfermé depuis plus de vingt ans pour l’enlèvement, le viol et le meurtre d’une jeune fille de douze ans est étrange, à la fois légère et presque stupide de la part de la jeune fille, détachée et souvent agacée de la part du prisonnier. Leurs fantasmes se croisent et nourrissent l’imagination glacée des deux.
Au fil des pages, on découvre un homme dont l’enfance tordue a brisé toutes les chaines. Il sait que son attachement est coupable, mais ne parvient pas à résister à l’appel de cette chair si fraiche qui seule peut apaiser sa faim d’ogre. A l’opposé, la jeune femme croît dans une famille on ne peut plus normal, père absent, mère omniprésente, joli jardin et déco sans intérêt. Ni battue, ni violée, elle sait qu’elle aime la chair fraiche des jeunes garçons, juste avant que leur visage ne se couvre de cette horrible bouillie hormonale, avant que leurs muscles ne se dessinent ou ne se couvrent d’une graisse lourde, avant que leurs yeux se chargent de l’éclat métallique du chasseur.
L’auteur ne craint pas de nous faire vivre ces étranges amours, décrivant précisément une sexualité à la fois si proche et si lointaine. Elle refuse le dégoût et la moue outrée des donneurs de leçons, des « normaux » qui donnent pourtant bien naissance à ces « barbares ».
Le roman est parfois dure, toujours fascinant, trop peut être…

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