J.B.- Pontalis – Un jour, le crime

9782070447961FShttp://www.decitre.fr/livres/un-jour-le-crime-9782070447961.html

Court essai passionnant, philosophique et personnel sur la culture du crime dans notre société. Sa présence dans nos médias sous la forme du « fait divers », la mise en scène du jugement et de la peine, le rôle des criminels comme repoussoirs ou objet de fascination. Pontalis aborde tous ces points en quelques pages rondement menées. Le point de départ provient d’un constat d’omniprésence de la violence partout autour de nous, une agressivité qu’on ressent dans beaucoup de nos interactions au quotidien, comme si la société humaine occidentale était l’incarnation de cet enfer que sont les autres. L’exemple pris par l’auteur en ouverture de son livre est d’ailleurs remarquablement parlant. Ce court moment de nos vies récentes où ceux qui vivaient à la campagne ou à la montagne ont pu, du jour au lendemain, retrouver les ciels purs de bruits et de fureurs et où nous avons presque remercié notre mère la terre pour son déchainement nordique qui clouait les avions aux sols. Oubliant de fait que dans ce déchainement, une promesse de mort nous était faite. La violence, toujours.
Le ton de l’essai, très personnel, permet de découvrir les obsessions de Pontalis, ses craintes et ses petites fantaisies, comme le rejet du polar, un renversement intéressant pour ce psychanalyste. Il nous parle de ces figures féminines du crime, symboles pour les uns de la révolte ou de la chienlit. Il montre également comment ce « passage à l’acte », ce moment où toutes les chaines, tous les liens sociaux disparaissent pour ne laisser la place qu’à la réaction, l’action la plus brutale, la passion enfin débridée, appartient à notre humanité; rien ne nous garantit contre ce moment d’absence, de folie.
Un passage très intéressant sur la justice, sur ce moment où un groupe d’individus se voit confier le pouvoir absolu de juger d’autres individus, d’imposer des peines et jusqu’il y a peu, de tuer pour rendre justice, de « couper un homme vivant en deux ». Il n’y va pas de main morte, on sent qu’il n’aime guère l’arbitraire qui se cache derrière le bandeau de la dame à la balance. Et pour enfoncer le clou, il rappelle à quel point cette justice est d’abord à l’image de la société où elle déroule ses doctes jugements. Ainsi ce prêtre échappa à la guillotine après le meurtre de sa jeune maîtresse et la mort du foetus qu’elle portait, et put à partir de 1978 couler d’heureuses heures dans le monastère qui sut accueillir cette intéressante brebis.
« Au commencement était l’acte. Cet acte était la mise à mort. Ce commencement est sans fin. » Une conclusion pessimiste pour un essai brillant et plein d’esprit. Un constat, notre violence individuelle ou collective est sans doute la seule chose qui nous soit intrinsèquement propre.

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