Nicolas Gogol – Les âmes mortes (trad. H.Mongault) – Folio Classique

9782070364251FSLe roman russe du XIXè siècle est un pilier de l’Histoire russe. On y voit la structure d’une société à l’arrêt, la colère naissante dans le coeur des plus pauvres, ces esclaves d’une aristocratie moribonde et l’incapacité des élites à prendre la mesure du goufre qui s’ouvre sous leurs pieds. Gogol comme les autres écrivains russes saisit cet homme russe, ses forces et ses terribles faiblesses et à le placer dans un monde que les dieux et les intellectuels semblaient avoir déserté pour longtemps.
Avec Les âmes mortes, publié en 1842, Gogol donne un champ d’honneur à ces milliers de serfs qui font encore pour un temps tourner la sainte russie. Comme les esclaves noirs des plantations américaines dont l’affranchissement manquera de jeter à terre l’Union, ces êtres ne sont que des marchandises qui n’ont d’existence que celle décidée par l’administration. On fait d’eux ce qu’on veut, on fait de leur mort un profit. Vu de notre temps des droits de l’homme et de la liberté de chacun à s’autodéterminer cela semble le comble du cynisme, en même temps, nous voyons surgir au détour des pages de nos journaux ou sur les ondes de nos radios l’histoire de ces ouvriers du textile ou de l’agriculture, esclaves de ce grand capitalisme ou le cynisme ne parvient jamais à se cacher longtemps dans les oripeaux de règlementations toujours affirmées jamais appliquées.
Le héros de Gogol, anti-héros de notre temps est un escroc, un acheteur d’hommes morts mais non encore décomptés des listes de recensement des serfs. On le voit aller d’un propriétaire terrien à un simple marchand pour discuter le vil prix de ces disparus. En roubles ou en kopek, en fonction de la rouerie des interlocuteurs, il s’agit d’acheter vite et beaucoup afin de renforcer la valeur d’une terre achetée auparavant. Et de tout système bidon, on faisait une prétendue propriété florissante dont l’hypothèque rapportait beaucoup. C’est fou l’imagination née de l’appât du gain…
Les dialogues sont à la fois savoureux et atroces, et le succès de Tchitchikov à la hauteur de ses attentes. Il peut désormais viser l’alliance matrimoniale qui finira de faire de lui un pair reconnu dans la sainte russie.
Mais les dieux, les philosophes ou les morts veillent au grain et les visées du jeune homme sont bien vite remises en cause.
Composé de longs dialogues ce roman révèle le don de Gogol pour l’analyse la plus fine de ce qui se passe dans la tête des hommes de son temps. On y voit se dérouler la tragédie d’une humanité où le prix de la chair n’est jamais le même selon que l’on naisse d’un côté ou de l’autre de la roue du destin. Magnifique et désespérant…..

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