Mona Ozouf – Les mots des femmes, essai sur la singularité française – Gallimard

41V21YZWGBL__Un portrait fascinant du féminisme à la française dans sa diversité historique et éditoriale. Mona Ozouf, fidèle à son travail de chercheur ne cherche ni l’anathème, ni l’hagiographie. Elle lit, analyse, replace dans le contexte historique et critique les postures à posteriori. En dix portraits présentant des femmes de leur temps, mais dotée de personnalité hors du commun, elle montre la spécifité du féminisme à la française et démontre avec finesse que derrière les anathèmes jetés par les neo-féministes ou les féministes historiques des pays anglo-saxons, il y a dans l’art d’être femme en France, des nuances à nulles autres pareilles. Mona Ozouf réalise ici un portrait fin et délicat de l’art d’être femme loin des anathèmes et de la bigoterie des nouvelles militantes. Elle montre également ce paradoxe qui veut qu’on peut être une femme de tête et être consciente des limites de son action, et du choix d’une paix civile par opposition à la guerre des sexes qui ensanglanta les bureaux américains. En accord ou en désaccord avec ces choix d’un combat en douceur, on ne peut que reconnaître à Mona Ozouf un talent rare de passeuse.
Dix portraits de femmes, écrit par une femme, en rupture, comme le rappelle l’auteur dans son introduction avec l’art des temps passés. De la fin du XVIIIè au XXè siècle, dix femmes à la fois dans et hors de leur temps. Dans car au regard de leurs ecrits, elles sont des femmes de leur époque et toutes lectures hors de ce temps historique devient partisan ou anachronique. Mais, elles sont aussi des femmes hors de leur temps, car elles sont su dépasser leur condition pour imprimer dans l’esprit des femmes qui les ont suivies et des hommes avides de comprendre une marque indélébile de talent ou de courage, parfois des deux.
Marie du Deffand, Isabelle de Charrière, Manon Roland pour le XVIIIe, Germaine de Staël et Claire de Rémusat George Sand et Hubertine Auclert, Colette, Simone Weil et Simone de Beauvoir. Dix femmes dont le destin est à la fois hors du commun et profondément ancré dans leurs temps. Mona Ozouf lit leurs textes et les replace dans le contexte du temps. Elle n’extrapole rien, ni ne tente une lecture hors du temps. De ce fait, elle rend à chacune de ces femmes leurs particularités et leur attachement à leur époque. En faisant cela, elle évite le récif de la passionnaria recréée de toutes pièces par les temps modernes. Parfois, pour nos yeux de femmes du XXIè siècle, cela donne un sentiment de frustration, parfois d’incompréhension, mais ,et c’est tout le talent de Mona Ozouf, elle oblige son lecteur et sa lectrice à faire un travail intellectuel de mise en perspective; Et ainsi rend à ces femmes leur talent et leur courage propre.
Dans sa conclusion elle met en avant ce modèle français qui fait de la concorde et du dialogue surpassant par nature la confrontation, voire la guerre des sexes qu’on trouve actuellement aux Etats Unis. Pour la chercheuse, il vaut privilégier le modèle universelle face à une particularisme sexuel artificiel. On peut être d’accord ou non avec ce point de vue, comme avec l’idée que la « concorde » à la française si elle n’a pas permis d’avancée rapide à permis dans doute des avancées pacifiées, mais on ne peut que saluer le travail d’historienne précise et talentueuse de Mona Ozouf. Et saluer également le courage de ces femmes qui se sont lancé à coeur perdu dans le combat pour la reconnaissance des droits inaliénables des femmes à vivre et à penser librement.

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