Ann Laura Stoler – La chair de l’empire (trad. Sébastien Roux) – La découverte

9782707175595FSL’empire est toujours un lieu compliqué pour les femmes. Celles de la « race » dominante sont intégrées avec plus ou moins de facilité dans le régime de domination ambiant, les autres sont privées de tout droit et de toute dignité.
Qu’il puisse se trouver des politiques ou des historiens pour soutenir, que le système a pu être favorable, bon pour le développement ou humaniste, montre que pour le moins une méconnaissance de ce que fut vraiment ce système, partout où il fut mis en place, pour les femmes, juste la moitié de l’espèce.
C’est le formidable travail de l’historienne américaine Anne Laura Stoler, par le biais de cet essai de rappeler ce fait essentiel et de mettre en pleine lumière l’effet dévastateur que les empires ont eu sur la place des femmes dans ces sociétés fondamentalement inégalitaires.
Empire français en Asie du Sud Est ou en Afrique du Nord, britannique en Inde, hollandais en Afrique du Sud, tous ont développé le même modèle de contrôle absolu des « races » par le contrôle du sexe des femmes. Il faut garantir la blanchité des maîtres de l’empire et pour cela codifier et structurer par la loi et le contrôle social et politique les interactions entre hommes et femmes.
Transformées en esclaves sexuelles tout juste bonnes à permettre aux nouveaux maîtres de se « détendre » et de réaliser leur « pulsions », elles n’ont aucun contrôle sur leur vie, leurs amours, leur ventre ou sur les rejetons qui survenaient parfois et bien sûr pas sur leur destinée.
Elles ne sont rien, ni personne, juste la « chair de l’empire », moquée, humiliée, dénaturée: il faut lire les passages sur ces nourrices qui ont l’interdiction de prendre les enfants dans leurs bras, car leur odeur pourrait imprégner et poluer les petits héritiers de l’empire.
Elle montre également que les métis étaient violemment discriminés, tant le mélange des « races » était jugé dangereux pour l’élite blanche et sa domination sociale, économique et politique. Le pouvoir colonial ne recule devant aucune bassesse, aucune violence pour contrôler au plus près la sexualité des colons et des victimes et pour s’assurer de la « pureté » des lignées.
Tant que la femme blanche fut considérée comme possible perturbation de la bonne marché économique ou militaire, sa présence fut malvenue, toujours strictement contrôlée. On trouve donc normal alors que l’homme blanc évacue son sperme dans des relations plus ou moins officielles avec des concubines locales. Mais ce concubinage restait strictement cofifié et encadré.
Lorsque les femmes blanches furent enfin autorisées à venir s’installer auprès de leurs époux, elles contribuèrent souvent à renforcer la structure raciste par peur de perdre la pauvre place octroyée par la structure sociale dominante.
La lecture de cet essai réaffirme la nécessité d’une histoire par les femmes, du traitement qu’elles durent subir et de la terrible domination dans laquelle elles furent, à tous niveaux, maintenues. Et les tragédies que cette abomination engendra et continue d’engendrer dans de nouveaux empires religieux ceux-là…

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