Russell Banks – Affliction (trad. Pierre Furlan) – Babel

9782742722808FSFormidable roman de Russell Banks, écrivain sondeur du coeur et des reins étatsuniens. Affliction c’est le récit d’une descente aux enfers. Celle d’un homme intelligent et sensible brisé en morceaux par la violence barbare de son père et le silence mortifère de sa mère. N’ayant pu, comme ses frères aînés, trouver une mort héroique au Vietnam, il porte sa désespérance dans son couple, dans sa vie, dans sa relation aux autres et à lui-même.
Au-delà du récit magistral, c’est la peinture de ce nord du New Hampshire, glacial qui sert d’écrin à la chute d’un homme. L’enfer blanc qui enserre progressivement l’homme dans un voile de folie.
Wade Whitehouse est un homme qu’on croirait sans histoire. Policier municipal, puisatier, agent d’entretien des routes, il erre entre quelques amis de beuverie et de chasse, une vague copine de solitude et un rôle de père d’occasion. Loin de sa famille dispersée, il tente de garder la tête hors de l’eau et de son verre de whisky. Violent et désespéré, il regarde sa vie se déliter autour de lui, ne trouvant d’autres solutions que d’étaler sa rage à coups de poings ou d’imprécations contre son ex-femme, Lilian.
Un accident de chasse va faire basculer Wade. Un de ses amis, Jack, séduisant trentenaire à qui tout semble réussir, est mêlé à la mort d’un grand ponte de Boston. Un simple accident de chasse comme il en arrive chaque saison dans un Etat qui attire son lot de chasseurs d’opérette, en grande tenue et armés jusqu’aux dents, mais incapables de ne pas se tirer dans le pied. Wade se persuade bizarrement que cette mort n’est pas accidentelle, que Jack a assassiné le chasseur pour bénéficier des largesses de la mafia. Le policier municipal commence à accuser la terre entière d’être mouillé dans un complot dont lui seul semble voir les ramifications.
La ruptude est inexorable et tragique. Le lourd passé de violence et d’insécurité rend la chute encore plus rapide.
Raconté par son frère cadet qui a pu échappé à la férule de leur père, le récit de la vie brisée de Wade Whitehouse laisse apparaître les dégats de ses valeurs pionnières et machistes américaines sur la psyché des hommes. La violence est omniprésente, tout comme le mépris des femmes et le goût pour l’alcool et les armes. Cette esbrouffe permanente fait des générations d’hommes dénués de tout sens éthique, incapables du moindre contrôle. Le portrait est sans aucune concession mais jamais, jamais caricatural. Les faits diversle prouvent dramatiquement.

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