Paul Gadenne – L’invitation chez les Stirl – Gallimard/Imaginaire

31AT7Y5SQEL__SL160_Etrange roman que ce récit du séjour d’Olivier Leirins chez de vieux amis, les Stirl, installés dans une belle maison bourgeoise au cœur de la station climatique de Barcos-les-Bains. Dès son arrivée, le jeune homme note de profonds changements dans l’attitude de ses amis, le couple gai et ouvert qu’il a connu semble devenu l’ombre de lui-même. M.Stirl s’étiole à l’ombre de ses ancêtres tandis que Mme Stirl semble être devenue une Diane furieuse paradant dans la propriété en compagnie de deux bergers allemands intenables. Incapable de trouver sa place dans ce jeu de dupes, Olivier Leirins devient le spectateur abasourdi du délabrement de deux existences.
Ce qui est fascinant dans l’écriture de l’écrivain c’est d’abord sa capacité à rendre la lourdeur, la dureté, la douleur sourde qui baignent le séjour de ces trois individus. Le silencieux M.Stirl dont chaque journée semble être la copie conforme de la précédente, paraît avoir déjà initié son voyage dans un autre monde. Face à lui, son épouse, dirige d’une main de fer la propriété s’attirant les foudres de paysans basques peu habitués à être menés à la baguette par une femme. Mais la jeune femme semble également être manipulatrice et cruelle, oscillant entre confidences et rebuffades. Les descriptions faites par Gadenne livre le combat qui déchire cette jeune femme perdue entre envie d’ailleurs et féroce fidélité à son mari mourant.
Entre ces deux êtres avançant dans les ombres de leur trop imposante demeure, l’invité devient le révélateur du drame en cours. Parce qu’il est en bonne santé et d’un naturel jovial, il s’oppose à l’apathie de l’hôte, et attire l’attention de l’hôtesse. Incapable d’analyser le malaise, il exagère sa curiosité et ses envies pensant ainsi pousser ses hôtes à sortir de leur marasme mais ne parvient qu’à forcer Mme Stirl dans ses retranchements. La prose de l’auteur précise et sans affèteries raconte le cheminement du drame vécu par chacun des protagonistes, celui de Mme Stirl dans ses outrances, celui de l’invité dans ses questionnements et inquiétudes, celui de M. Stirl dans son absence.
Un roman très réussi d’un grand écrivain français du XXè siècle qui n’est pas sans rappeler les ambiances lourdes et feutrées des romans de l’anglais Henry James. Les beaux endroits sont souvent des pièges pour les âmes trop sensibles.

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