La gifle – Christos Tsiolkas (trad. Jean Luc Piningre) – 10/18

Ah la gifle, la baffe, le formidable moment de défoulement lorsqu’un chiard particulièrement insupportable ou ses insupportables parents, ou encore ces touristes insupportables ou ces êtres insupportables croisent votre chemin par hasard et s’acharnent avec constance et sans état d’âme à vous pourrir la vie. Qui n’a pas éprouvé l’envie forcenée, le désir irrépressible jette la première pierre à ce pauvre Harry. Il parait, dans nos mondes furieusement modernes, qu’il ne faut jamais céder à cette tentation. Il faut tout accepter de nos contemporains au prétexte que la réplique par gifle ne sert à rien. Il n’y a bien que les peigne-culs et les culs bénits pour croire à ces fadaises. Dans ce roman australien, le thème de la baffe qui libère devient vite le thème de la baffe qui révèle. Au sein de ce groupe d’amis, comme au sein des familles, les tensions, les raideurs, les sentiments trop longtemps contenus, les mille et une humiliations acceptées sans broncher pendant trop longtemps, trouvent dans ce moment libératoire l’occasion unique et définitive de s’affranchir des règles de civilités autrement appelées franche hypocrisie. 9782264055408FS

Mais au final, ce roman ne traite qu’assez superficiellement de tous ces sujets. On voit les couples se contracter puis se ressouder autour de la crise afin de perdurer, de tenter désespérément de maintenir le cap, car dans le mariage comme dans les relations amicales ou familiales, admettre l’échec, dire stop, assez, ça suffit, basta et finalement allez au diable, est trop dur, trop violent, demande trop de courage et pour le coup d’abnégation. Hors du groupe point de salut. On verra bien quelques dégâts collatéraux causés d’abord par une jalousie devenue trop insupportable pour ne pas exploser et c’est ainsi que certains couples ou groupes se défont, lorsque l’enjeu de cohésion du groupe ne supporte plus la contrainte de l’envie qui crée la colère destructrice.

Je ne sais pas ce que sera l’adaptation d’Arte, mais le livre bien écrit et intelligemment mené ne révèle rien qui n’ait été maintes fois évoqué. La gifle en Australie comme ailleurs ne parle que de nos petits arrangements avec notre intégrité.

Sur le site de Belfond

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