Louise Erdrich – Dans le silence du vent (trad.Isabelle Reinharez) – Albin Michel

Une femme amérindienne sur trois sera violée au cours de sa vie. 86% de ces viols sont commis par des non-amérindiens.

C’est par ce terrible constant que la grande auteure américaine, Louise Erdrich referme son roman. Un constat qui est encore aggravé par la complexité de la justice en territoire amérindien, complexité fabriquée et renforcée aussi souvent que possible par les colons depuis leur arrivée sur le continent et la propagation de ces colons comme une peste sur l’ensemble du territoire d’Amérique du Nord.

Partant de ces réalités et de multiples cas étudiés, Louise Erdrich nous entraine sur les pas du jeune Joe et de ses amis à la poursuite du salaud qui a battué et violé sa mère et tenté de mettre le feu à la jeune femme pour parachever son odieux crime. Les premières pages nous livrent sans pathos le chagrin et le désespoir de la victime, son incapacité à se confronter à ses proches et son retrait dans une bulle de souffrance. Bulle que tentent de percer l’époux et le fils de la victime. Dans ce territoire désolé des réserves où la pauvreté, l’alcoolisme sont toujours moins barbares que l’homme  blanc et son lot de règles humiliantes, les familles et les amis sont prêts à tout pour garder la tête hors de l’eau et aider autant que faire se peut chacun et chacune. 9782226249746FS

Joe, dans sa quête du criminel découvre les légendes liées à l’histoire de sa tribu et les petites horreurs qui se glissent dans chaque communauté humaine. Notamment la haine phénomènale que les blancs vouent encore aux amérindiens. Haine qu’il double de mépris ou de fascination selon les humeurs du moment. L’un des traits les plus passionnants de ce livre particulier réside dans la découverte de l’univers juridique des réserves contenu dans un petit livre remis régulièrement à jour, listant les crimes et vols commis par les blancs à l’encontre des populations amérindiennes sous couvert de lois fédérales. La mise en coupe réglée des terres offertes aux plus offrants malgré les traités aussi vite oubliés que signés.

On retrouve, comme toujours avec cette belle écrivaine, la passion de la famille, la rôle éducateur des anciens même dans leur douce folie, le drame des enfants qui finissent toujours par devoir grandir trop vite. Brillant comme toujours, touchant et féministe, le nouveau roman de Louise Erdrich rappelle à chacune que nous sommes et demeurerons toujours les victimes de la violence barbare des XY tant que la justice maintiendra ce crime barbare « dans le silence du vent ».

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s