André Schwartz-Bart – La mulâtresse Solitude – Le Point

Au musée du Quai Branly

L’auteur du Dernier des Justes, ancien résistant, rend un hommage vibrant et poétique à une figure majeure de la Résistance à l’esclavage en Guadeloupe. Et n’hésite pas à rappeler la terrible responsabilité de la jeune République française dans le rétablissement de cette indignité humaine. Solitude, née Rosalie, fille métis d’une jeune africaine arrachée à sa terre natale et violée à bord du navire négrier qui la transportait vers son enfer sur Terre. Solitude, fille de Bayangumai, petite fille du peuple Diolas, peuple détruit laminé par la traite négrière, trouvera à l’ombre de la Soufrière le coeur et l’âme d’une résistante pour mourir debout.

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Deux parties dans ce récit d’une beauté tragique, la vie rêvée de Bayangumai, la mère, enfant des marais, hapée par le ventre de l’ogre négrier, devenu sorcière à l’ombre des fouets et de la cruauté des maîtres. Pas de beauté de mauvais aloi dans la description des plantations, les maîtres ne sont ni gentils, ni méchants, ils sont juste monstrueux dans leur suffisance de maîtres. Schwartz-Bart nous peint une Afrique loin des clichés du bon nègre. La vie n’y est ni dure, ni simple, juste la vie dans une tribu avec ses règles et son histoire.

La seconde partie raconte le destin rêvé de cette étrange enfant attachée à sa mère malgré le rejet violent de celle-ci. L’auteur montre cette cruauté intrinsèque au système esclavagiste où les filles volées en terre africaine sont ensuite livrées à la sordide libido des marins pour enfanter des enfants esclaves qu’en fonction de leur beauté on destinera à l’entretien de la maison ou bien qu’on laissera pourrir dans la moiteur des champs de canne. Rosalie devenue Solitude entend comme ses frères et soeurs l’appel poignant de la Liberté pour découvrir que cette Liberté cède devant l’appel de l’argent facile. Elle va rejoindre un des derniers groupes de nègres marrons et résister jusqu’au bout, jusqu’à la fin.

Hommage magnifique d’un résistant à une résistante, d’un homme à une femme. Un portrait à lire, à entendre, à respirer pour sentir le souffle de cette terrible souffrance que des hommes infligèrent à d’autres hommes. Oui l’homme blanc a une lourde dette envers l’homme noir et cette dette doit être payée toujours.

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