Arlette Farge – La déchirure, Souffrance et déliaison sociale au XVIIIè siècle – Bayard

Spécialiste de l’histoire des femmes, chroniqueuse sur France Culture dans les Lundis de l’Histoire et le matin dans La Fabrique de l’Histoire d’Emmanuel Laurentin, Arlette Farge livre ici un court essai sur les formes de la souffrance au siècle des Lumières. Une contre histoire d’un siècle souvent vanté comme celui du progrès social et des engagements intellectuels et philosophiques à l’origine de la Révolution. L’historienne fait le tour de ces douleurs qui saturent les corps et les esprits à tous les niveaux de la société. Deux parties pour établir ce qui trouble les coeurs et les corps des classes les plus élevées comme des plus pauvres. Un fil rouge, les grandes épidémies qui atteignent indistinctement les riches et les pauvres, mais une différence majeure dans l’accompagnement dans la maladie et les derniers moment. L’auteure ne cherche pas à établir d’échelle des souffrances, exercice sans intérêt, mais tient à rappeler que la souffrance des humbles accompagnent toute leur vie, tous les moments du quotidien

9782227478213FSA l’aide de riches archives de police, de lettres, de mémoires et de journaux intimes, Arlette Farge nous fait traverser cette vallée de larmes et de douleurs qu’est la vie des hommes et des femmes de France au XVIIIè siècle. Une étude du « minuscule singulier » qui permet de voir comment la maladie, les souffrances grandes et petites, la mort traversent le quotidien de tous. Si chaque souffrance est unique, cet essai permet de montrer que la pauvreté, voire l’indigence ajoutent une couche de malheur supplémentaire au risque sanitaire.

Dans la première partie, l’historienne regarde la souffrance des couches aisées, la fragilité des dominants face aux petites affections et le drame des épidémies qui traversent encore le beau XVIIIè siècle avec la peste et la petite vérole qui emportera un roi, des princes et bien des maîtresses royales. On voit également à quel point les couches sont un moment de tension dans les classes les plus aisées, moment de tous les dangers pour la mère comme pour le nourrisson. Les élites se regardent, s’analysent et confient à leurs lettres ou leurs journaux intimes les maux grands et petits qui les assaillent. Un luxe que les classes populaires ne peuvent s’offrir. Elles sont dévorées par la souffrance et leur physiologie même semble être terrassée par la détresse, comme  en témoigne les archives présentées par Arlette Farge dans lesquelles les médecins et autres représentants de l’Etat regardent avec pitié mais sans beaucoup de tendresse les dégâts faits par la misère sur les corps et dans les esprits.

La seconde partie est dévolue à la souffrance des humbles. Les maladies, les blessures, les épidémies, les agressions parcourent les corps et les âmes, mettant en péril les liens sociaux. La violence des éléments répond à la violence des hommes entre eux et ne laissent que peu de répit aux plus pauvres. On souffre, on a peur et on meurt dans une solitude souvent atroce, et quand parfois la souffrance et la maladie sont accompagnées c’est par des garde chiourme sans respect. Pas un moment de la vie des humbles dont la souffrance soit absente. Les femmes quel que soit leur âge doivent craindre la violence et la concupiscence des hommes, les travailleurs et les travailleuses doivent craindre la dureté du travail et les blessures qui suppurent et pourrissent, tous craignent les épidémies dont les effets sont encore renforcés par la malnutrition et l’absence d’hygiène.

L’essai très riches de sources diverses présente un tableau dantesque de la souffrance au siècle des Lumières. Mais on y trouve finalement peu de nouveautés par rapport au matériau présent dans les grands romans et essai philosophique du temps. On est conforté dans ce qu’on sait déjà et les nombreuses sources ne peuvent cacher une certaine superficialité dans le traitement du sujet. C’est ainsi que l’Histoire découvre parfois que la littérature a largement ratissé les espaces de l’intime.

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