Cinéma – Quai d’Orsay

Risqué d’adapter une BD à la fois loufoque et intelligente au cinéma, d’autant que ce type d’adaptation a surtout été un grand ratage jusqu’à aujourd’hui. Du petit gaulois casqué au petit marsupial tacheté, on ne peut pas dire que l’essai ait été transformé lors du passage de la bulle à l’écran. On peut se demander d’ailleurs comment Bertrand Tavernier a eu cette étrange idée. Mais entre les papiers qui volent et les grands vlam des portes claquantes, la BD s’incarne très heureuseument au grand écran. Le casting est impeccable avec un Thierry Lhermitte plus Galouzeau que le vrai et un Niels Arestrup, impeccable, cet homme est un génie dans tous ces rôles. Quant au petit Personnaz il incarne son Arthur avec l’innocence suffisante pour garder toute sa fraîcheur à cet étrange chargé des langages.

Alors Quai d’Orsay, c’est quoi?

Une charge contre la politique? Une défense du pré carré français contre les lourdeaux made in US? Une analyse pointue de la Françafrique sous Chirac? Si loin, si proche. Cette adaptation raconte la vie trépidante et dantesque d’un petit écrivaillon de cabinet, jouant des coudes pour imposer deux ou trois idées moins farfelues que les autres à un ministre navigant dans d’étranges et hautes sphères. Cette administration ressemble à celle décrite dans une autre BD, les douze travaux d’Astérix, où les deux gaulois devaient obtenir un tampon sur une tablette. On se dire la bourre, on se tire dans les pattes, on se moque, on s’amuse, on se « frotte la péninsule », tout ça pour apposer son marque, son paragraphe, sa phrase, son mot dans un ou plusieurs discours qui marqueront l’histoire du monde ou feront ricaner dans les travées de l’Assemblée.

Les ors de la République sont le lieu où se jouent tous les Ridicules sous le regard plus ou moins amusé de quelques vieux briscards de la politique. Tavernier a l’art et la manière de saisir ce théatre où se mirent les alouettes et où se perdent les illusions, en n’oubliant jamais cependant que certains êtres tentent de croire que le meilleur est toujours possible. Sans être révolutionnaire ou novateur, ce film est un moment de vrai plaisir cinématographique et les éclats d’Héraclite rappelle que des fragments on peut tirer l’or ou la boue.

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