Léonora Miano – La saison de l’ombre – Grasset

« S’ils survivent à l’horreur décrite par Mutimbo, la chasse de l’homme par l’homme, leurs assaillants survivront aussi. A quoi l’espace habité par les humains ressemblera-t-il, lorsque l’on ne saura plus que la méfiance ? Comment vivra-t-on, la mémoire remplie de souvenirs amers. » p.132

31+SSXwhisL__SY300_Roman bouleversant de cette réalité autre, intrinsèquement incompréhensible pour les Occidentaux, malgré les films, les essais qui lui ont été consacrés. La traite, ce terrible marché des hommes vendus par des hommes à d’autres hommes est ici abordée par son versant le plus intime, le plus tragique. Comment la traite a détruit des communautés entières, réduites au rang de produits de troc par d’autres communautés utilisées par l’homme au pied de poulet, cet esprit redoutable et effrayant venu du Pongo par la mer.

Ce qui est fascinant avec le roman de Léonora Miano c’est sa capacité à happer le lecteur. Il y a un rythme, une poésie qui transforment cette lecture en mélopée funèbre. Sur les pas des femmes et des hommes mulongo, le lecteur est plongé dans une réalité différente de la sienne, incompréhensible pendant quelques instants puis de plus en plus prégnante.  Sans doute l’effet du style poétique de l’auteure qui rend les voix audibles dans la tête du lecteur. Le chant d’incompréhension et d’agonie s’incarne dans la chair et provoque une sorte de transe étrange, une lecture différente des lectures habituelles.

Au-delà de la fin d’une communauté dissoute dans la traite, on découvre la vie intime de ceux que l’Histoire a un temps dérobé à notre regard. On s’affranchit enfin du regard ethnographique pour ne voir que des voisins dont les histoires pour différentes qu’elles soient nous parlent par-delà le temps et l’espace. Le souci du détail incarné par les descriptions des coiffures et des vêtements, par la révélation de quotidien rendent les personnages de ce roman proches et enfin simplement accessibles.

L’homme  (et la femme) occidental porte la terrible responsabilité d’un crime sans pardon, mais grâce à ce roman, Léonora Miano invite ses lecteurs à écouter l’ombre qui s’est abattue sur notre histoire commune pour retrouver un instant et pour longtemps l’écho de voix éteintes.

« La saison de l’ombre » salué par le Prix Fémina trouve sa place dans les chefs d’œuvre de notre littérature.

Sur le site du Nouvelobs

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