Plateau télé – Top of the Lake (Arte)

Top of the Lake

Arte nous a habitué à d’excellentes séries, des moments de télé sortant des sentiers battus et surtout baignant dans beaucoup d’intelligence (mon mot du jour). Odysseus, Real Humans, Borgen ou encore The Killing et The Hour, des séries brillantes, aux mises en scènes soignées, aux personnages complexes et aux multiples questionnements. Du bon, du très bon.

Dans la catégorie polar, la chaîne franco-allemande a aussi su aller chercher les bonnes séries venues du froid, que ce soit les adaptations des aventures du flic dépressif Wallander ou Traque en série et sa glaçante héroine. Top of the Lake, la série de Jane Campion promettait beaucoup, elle a tout tenu. En six épisodes, la réalisatrice pose ses personnages complexes et fascinants même dans leur repoussante laideur. Des personnages qu’elle installe dans une nature à la fois magique et terrifiante où les lumières changeantes habillent les sentiments exacerbés.

On y parle de vie, de mort, de viol, de maladie, de désespoir, d’amitié, d’amour, de fautes, de crimes. Shakespeare n’aurait pas fait mieux. En confiant le rôle principal à la très jolie Elisabeth Ross, et avoir installée la grandiose Holly Hunter dans le rôle d’un étrange gourou, prête à tout pour s’affranchir de ses pénibles adeptes, elle provoque un premier choc. Le reste suit. Le mystère est aussi insondable que les eaux miroitantes de ce lac niché au creux de montagnes écrasantes.

Jane Campion prend le parti d’une série foncièrement féministe dans laquelle les femmes même victimes des pires ignominies commises par les hommes parviennent à se redresser, à confronter les monstres qui les entourent. La jeune Tui, enceinte à douze ans de « no one », la mère de l’inspectrice en phase terminale d’un cancer et regardant séreinement les dernières lumières de sa vie. Mais il y a aussi ces femmes, vieilles ou jeunes dont les corps nus, neufs dans leur entièreté, dans leur réalité, nous paraissent presque incongru tant ils tranchent sur l’idéal photoshopé de notre monde furieusement moderne.

Les hommes sont dans cette série des ennemis, des monstres de contes à faire peur. Ils représentent l’ordre capitaliste et machiste, le patriarcat dans tous ses crimes. Les rares que la réalisatrice ramène du côté de l’humanité lumineuse de ses héroines sont les « invertis » et ceux que la réalité a ramené à l’état de nature. Oui les hommes sont laids, violents, menteurs, manipulateurs, cruels, destructeurs de corps, de coeur, d’espace, et il est bon qu’une série fasse enfin la part belle aux femmes sans les mettre sous la coupe plus ou moins assumée du mâle.

Et parce que Jane Campion est une créatrice de génie, elle sait qu’il faut toujours la place au doute…

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