Cinema – Fruitvale station

Un premier film en forme de tragédie grecque de l’américain Ryan Coogler qui a remporté le Grand Prix à Sundance en 2013. Prix mérité si on ne regarde que l’aspect formel du film, son inscription dans la tragédie grecque et le martyr inexorable du héros, personnage « normal » pris dans les rêts d’un destin funeste. Si on est plus prosaïque, on pourra trouver que le scénario est un peu cousi de fil blanc, que le personnage est idéalisé, voire caricatural et qu’on ne peut s’attacher à une peinture idéalisée de ce jeune homme dont les 24 dernières heures sont comptées comme dans un dessin anima de Disney.

J’ai préféré m’attacher à la première version et voir dans ce film une tragédie à la grecque, dans laquelle un jeune homme sans trop d’histoires se trouve happer dans une succession de hasards qui le mèneront inexorablement à une fin tragique, soumis à l’arbitraire d’un destin cruel. Et j’avoue avoir également vu dans ce film l’incarnation d’un racisme réel, celui qui imprègne l’inconscient des hommes blancs dans l’Amérique contemporaine et qui par surgit au détour d’un acte insensé.

L’histoire de ce jeune homme de 22 ans, dealer de marie-jeanne, petit menteur, mais ami et père aimant, fils aimé. Bref un propre à pas grand chose mais qui à la veille de l’année 2009 décide de changer de vie, de se faire pardonner ses écarts et de tenter de regagner un peu d’estime, celle des autres et la sienne. Au détour d’un étal il croise des inconnus, de ces moments rares comme le clame une certaine NKM, ces instants où la vie semble prendre tout son sens. Puis le soir venu, il décide d’aller assister aux festivités de la nouvelle année dans le centre de San Francisco tandis que sa mère insiste pour qu’il prenne le métro, moins risqué dans ces moments festifs. Oui tout semble concourir à un bon moment. Mais le propre de la tragédie est d’articuler ces moments presque parfaits pour construire la tragédie à venir.

Une rencontre, un sourire, une bagarre, la police, des blancs, hommes et femmes qui visent directement ces jeunes gens noirs, coupables d’être noirs, donc dans l’imaginaire blanc des fauteurs de trouble, de dangereux éléments qu’il faut réduire. Le ton monte, les cris, les insultes, les premiers coups, les menottes et soudain malgré des dizaines de téléphones pointés sur eux, l’un des policiers fait feu dans le dos du jeune homme allongé face contre terre. Le destin lâche la bride à l’arbitraire et la tragédie survient.

Un film qui n’est pas militant, un hommage en forme de tragédie pour lutter contre l’absurdité de cette mort. Oscar Grant avait 22 ans, son assassin, policier en fonction a fait 11 mois de prison. Comme dans toutes les tragédies, le destin poursuit cruellement sa course sans un regard pour les morts et le chagrin des vivants. Brillant.

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