Eli Flory – La barbe d’Olympe de Gouges et autre objets de scandales – Alma éditeur

barbe0Il faut une énergie folle pour rendre aux femmes les semelles de vent que l’ordre patriarcal et religieux leur a dérobées. Il faut de l’humour pour les débarrasser de la gangue de glaise lourde qui les assimile à un côté de l’homme. Il faut enfin du talent pour rassembler ses soeurs disparates et leur rendre la liberté qu’elles ont un jour ou l’autre réclamée à corps et à cri. On retrouve tout cela sous la plume alerte d’Eli Flory et on sort revigorée et forte de toutes ces soeurs en humanité qui dans des espaces et des temps bien moins favorables ont sû jouer des codes et parfois des coudes pour venir chatouiller nos frères sur leur scène de théatre égotique.

Scandaleuses, les femmes qui reprennent couleurs et formes sous la plume de l’auteur, le sont sans aucun doute, puisqu’elles osent défier la domination « naturelle » celle que certaine Manif pour tous voudrait revivifier, des mâles. Que ce soit sur des terrains très sérieux: la politique, la guerre, l’écriture, la peinture ou la science ou plus fangeux, le sexe tarifé et la coquetterie, parfois sur les deux, les femmes rassemblées ici nous sont enfin rendues dans toutes leurs grâces et complexité. Et il faut reconnaître que cela fait du bien à l’âme de se trouver en la seule compagnie d’une foule de dames pour faire un tour de notre grande histoire. Les hommes ici sont enfin abonnés aux strapontins.

Mais l’auteure ne nous convie pas à un voyage en admiration dévote. Ces dames ne sont pas toutes des héroines ou des premiers prix de vertu. L’hagiographie n’est pas un défaut de l’écriture des femmes. Elles brillent de toute leur complexité, parfois du charme vénéneux de la cocotte sans foi ni loi, mais après tout, parfois brisée par les lois d’airain de leurs temps. La liberté est une catin versatile mais tellement séduisante.

A noter le travail de l’illustratrice Vaïnui de Castelbajac, drôle et impertinent qui met joliment en scène certaines des dames du livre.

On referme ce livre euphorique et tenaillée par une furieuse envie d’arracher les derniers centimètres de glaise qui nous oppressent encore pour réclamer ce qui nous est encore dû: l’égalité dans la sororité, puisque la fraternité nous est toujours refusée.

Sur le site de l’éditeur

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