Ian McEwan – Opération Sweet Tooth (trad. France Camus-Pichon) – Gallimard

product_9782070140725_195x320Un roman étrange où le jeu de dupes est plus subtil qu’on ne le croit au départ. Ian McEwan nous emporte dans une ronde des sentiments où le piégé pourrait bien être le piégeur et où l’amour se dérobe au moment où il semble enfin se rendre. Les années 70 vues du Royaume Uni, une période où la liberté de moeurs se trouve abruptement confrontée à la crise sociale et politique qui secoue le royaume d’Outre Manche. Placer l’action de son roman dans cette période bousculée rend l’action encore plus prenante et l’héroine encore plus attachante.

La guerre froide fut un temps idéal pour les espions où on aller chercher dans les universités les alliés dans la grande guerre contre la terreur rouge. Fille d’un aimable pasteur anglican et d’une parfaite ménagère anglaise, Serena est poussée à devenir une femme libre par sa ménagère de mère. Pour cela, il faut passer par des études brillantes, s’affranchir des humanités où s’échouent trop d’oies blanches et affronter les mathématiques _ en ces temps réactionnaires de remise en cause de l’égalité des sexes, le propos est cocasse. Serena poursuit donc péniblement ses études de mathématiques, matière où elle est moins brillante que prévue, tout en continuant à se délecter des romans contemporains qu’elle dévore entre deux équations.

Lorsqu’elle rencontre Tony, un homme séduisant, marié et père de famille, elle se lance avec délices dans une liaison avec cet homme d’expérience qui lui fait découvrir une culture plus large et plus ancrée dans sa contemporéanité. Mais Tony s’avère plus macchiavélique qu’un simple quinqua en quête d’une cure de rajeunissement; l’homme travaille pour le MI5, les services secrets britanniques, et recrute de jeunes recrues pour lutter contre le péril rouge et son influence dans les milieux intellectuels occidentaux.

Serena devient ainsi une combattante de la lutte capitaliste chargée, après son embrigadement définitif, d’attirer les bonnes plumes anglaises vers le camps de la liberté.

Ian McEwan déploie alors tout son talent d’écrivain jouant avec les mises en abime de l’écriture agissant comme machine de guerre idéologique mais également comme formidable viatique pour s’affranchir du quotidien, ce que savent tous les lecteurs… Serena découvre que sa vie est beaucoup moins plate et terne qu’elle ne le croit en lisant les vies trépidantes couchées sur papier. Elle découvre que l’imaginaire des écrivains se nourrit du sel de la vie, comme le vampire se nourrit du sang de ses victimes pour rester éternellement jeune et vif.

Un roman délicieux qu’on referme avec un soupir de satisfaction et de bonheur. A lire .

Sur le site de l’éditeur

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