Percival Everett – Montée aux enfers (trad. Anne Laure Tissut) – Babel noir

cvt_Montee-aux-Enfers_4718Un roman très étrange dans le domanine du polar livré par une grande plume des lettres américaines, Percival Everett, dont on connait davantage ces formidables analyses de la société américaine et de son rapport avec sa composante afro-américaine. Avec ce polar il regarde la chute d’un homme que rien ne prédisposait à cette sinistre dérive. Si tout commence comme un polar très traditionnel avec le meurtre d’une femme solitaire et acariâtre, puis se poursuivent dans des successions de crimes de plus en plus absurdes et de moins en moins simples à résoudre. Dans ce maestrom sinistre, le jeune shérif adjoint Ogden Walker, officiant dans un coin paumé du fin fond du Nouveau-Mexique, qui jusqu’à ce meutre avait vécu assez paisiblement sa vie d’auxilliaire de justice, se découvre une âme souffrante devant la laideur du monde.

Dans le cadre des enquêtes criminelles qui se succèdent brutalement laissant de plus en plus de cadavres sur les bords du chemin, Ogden Walker découvre un monde où la haine, la prostitution, la peur etr la violence règnent en maîtresses d’un univers barbare surgissant dans la vie jusque-là bien tranquille du jeune métis. Avec la première mort, il découvre la haine raciale, non qu’il fut totalement vierge de cette hideuse face de l’Amérique, mais jusque là, c’était surtout le virulent discours de son père, grand pourfendeur du racisme ordinaire des blancs, mais néanmoins marié avec une femme blanche, toujours ces personnages entre chien et loup chez Everett, avec des hiatus entre discours et réalité. L’enquête le met en contact avec le mensonge, l’appât du gain et la haine organisée, vibrante au coeurs de femmes et d’hommes qui bien souvent n’ont jamais vu d’hommes ou femmes noirs dans le tréfond de leur désert mental et affectif.

Brutalisé physiquement et mentalement par cette première enquête criminelle, Ogden pense que tout est enfin revenu à son tranquille ennui quotidien, lorsque d’autres disparitions sinistres et corps criblés de balles font leur apparition dans la vie désormais bien chahutée du policier. Après la haine raciale, c’est la drogue, le sexe tarif, le vol et toujours le mensonge qui privent Ogden Walker des ultimes défenses contre la folie du monde autour de lui.

La conclusion de ce polar dans lequel trois enquêtes très perturbantes se succèdent, pourrait être qu’il faut toujours écouter son père quand il vous explique que vous n’êtes pas fait pour certains métiers et que lorsque la folie du monde vous rattrape, c’est parfois tout votre univers qui s’écroule. Avec beaucoup de finesse et de cruauté, Percival Everett nous plonge dans le coeur de l’Amérique la plus tranquille du monde confrontée sans coup férir à la réalité que nous voyons chaque jour sur nos écrans. La confrontation peut avoir l’effet destructeur d’un avion dans une tour à Manhattan.

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Une réflexion sur “Percival Everett – Montée aux enfers (trad. Anne Laure Tissut) – Babel noir

  1. C’est son dernier titre ? Je suis passée complètement à côté de cette sortie, alors qu’Everett est un auteur que j’admire particulièrement, je vais bien vite rattraper cette étourderie…

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