Erri de Luca – Le tort du soldat (trad. Daniele Valin) – Gallimard

« Les insurgés du ghetto tentaient de sauver les poètes, les écrivains. C’est ce que font les arbres encerclés par les flammes: ils projettent très loin leurs graines. les poètes, les écrivains étaient les graines de leur plante et ils élevaient leur témoignage en chant. »

1507-1Plonger dans les mots des courts romans de l’écrivain napolitain, Erri de Luca, c’est plonger dans une source vive, une de ces sources qu’on découvre chantante et claire au creux des rochers de montagnes, cheminant gaiement dans des parterres de petites fleurs délicates. Un moment de pur, d’absolu bonheur, de douceur de vivre, de chaleur bienfaisante. En quelques mots, il crée des univers où chacun peut poser son fardeau et s’alonger pour regarder passer les nuages et laisser filer le temps du monde. Dans ces univers il pose des lettres, des mots, des phrases porteurs d’un humanisme devenu si rare. Il raconte sa vie un peu, sa passion pour le yiddish, une langue partagée par des cilisations, presque réduite au silence par la furie nazie et dont chaque locuteur vivant est comme un défi à la barbarie. Il parle de sa chère montagne et de l’escalade, ce moment où le corps doit conquérir l’espace dans un mouvement souple et délié.

Une somme de petits riens qui parlent d’humanité, souffrante parfois, magnifique parfois, étonnante toujours.

Avec le tort du soldat il raconte la rencontre improbable entre son double narrateur et un couple étrange formé d’une femme douceur et de son père colère. Il les regarde par dessus les feuillets d’un texte yiddish qu’il a décidé de traduire pour sa maison d’édition. Le regard du vieil homme est celui d’un homme en fuite, d’un homme en rupture avec l’humanité entière. Ce que ne sait pas le narrateur, c’est que cet homme dont il croise le regard par hasard est un criminel de guerre sans repentir. Un soldat furieux d’avoir dû céder le pas à la victoire des sous-hommes. Un nazi avec lequel il partage une chose: la passion pour les mots d’une culture source de joie, source de haine et d’incompréhension pour l’autre. « emet » cette vérité qui dérange s’impose brusquement au soldat en fuite terrassé par la peur que le destin contenu dans les lettres hébraïques ne le rattrape enfin pour le soumettre à la justice.

Un roman magistral.

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