Jaume Cabré – Confiteor (trad. Edmond Raillard) – Actes Sud

confiteor,M118831Il y a des familles où on sait qu’on ne devrait pas être né. C’est le constat que fait très vite Adria Ardevol, enfant unique d’un couple où le père veut le transformer en linguiste de génie tandis que la mère le veut violoniste virtuose. Dans le grand appartement barcelonais, la famille se dissout dans la recherche silencieuse du père et la froideur de la mère, sous le regard amoureux de la bonne. Adria lui tente de comprendre pourquoi ses parents l’aiment si peu, lui qui avec l’aide du shérif Carson et du chef arapaho Aigle Noir, se fraie un chemin discret dans les fantasmes de ses parents.

Ce récit d’un vie pourrait être la lente aventure de la vie d’un homme, mais par la magie du verbe et de la construction il se transforme en Histoire Humaine où se déploie l’insoluble question du Mal. Des violences inquisitoriales à l’Europe contemporaine en passant par la barbarie nazie et le franquisme, les multiples narrations dévident un même fil d’Ariane qui tisse une toile en ombre et lumières de la vie des hommes.  Ce qui eèrst fascinant c’est la manière dont Jaume Cabré embarque son lecteur attentif dans une narration où la marque du temps se brouille, où les personnages se mélangent pour dire la même essence humaine de la violence et du Mal.

D’une forêt au bois exceptionnel à l’appartement univers du savoir d’Adria Ardevol, le lecteur est invité à regarder se dérouler le destin de dizaines d’hommes et de femmes, unis un instant de hasard par la magie d’un violon d’exception ou par la conviction que leur foi vaut la mort de tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Dans ce maelstrom Adria découvre que son père, collectionneur passionné a su habilement profité des retournements de l’Histoire pour concevoir sa collection, que sa mère est une femme d’affaire redoutable, qu’il a une demi-soeur venue du fond d’un âge insondable et que le violon qui l’a tant fasciné est au coeur d’une longue histoire de malheurs et de violence.

Car au-delà d’un roman sur la vie d’un homme, Jaume Cabré construit une fresque abyssalle sur le Mal et son imprégnation dans l’Histoire des hommes. Il questionne avec Adria cette inconnaissable compagne de l’homme, hydre aux mille visages, combattue mais toujours renaissante, dans les prisons sinistres de l’Inquisition, dans la haine antisémite des nazis, dans la violence franquiste ou dans le nouvel extrémisme islamiste. Tous ces visages du Mal qui s’insinuent dans les cauchemars de l’humanité et prennent brutalement vie au détour d’un pays, d’un fleuve, d’une forêt ou d’une ruelle sombre. Malheureusement, à l’image du vieil Adria dont la formidable intelligence et le savoir encyclopédique sont asséchés par les attaques de la maladie d’Alzheimer, la mémoire de l’Homme finit toujours par oublier les terribles stigmates du Mal permettant ainsi à la bête immonde de resurgir au détour d’un place rouge du sang de l’Innocente.

Un roman bouleversant et magistral (quelle tradution!)

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