Liad Shoham – Terminus Tel-Aviv (trad. Jean-Luc Allouche) – Les Escales Noires

9782365690430Enfin sorti de la catégorie « roman de gare », le polar a saisi ses lettres de noblesse par la formidable faculté de son auteur à révéler les zones d’ombres, les fautes profondes et les vilaines cachotteries des sociétés plus ou moins démocratiques. On sait le succès toujours vif des polars nordiques qui ont ecorné l’image idylliques des démocraties si parfaites du nord de l’Europe, les libraires vantent les analyses fines et décalées des auteurs francophones et le polar américain a ses papesses en tailleurs chanel. Rejoignant ce club fort bien fréquenté, les écrivains israéliens se saisissent désormais du genre et révèlent ainsi une image plus sombre et moins politiquement correcte de la société hébreue.

Dans ce deuxième roman traduit en France, Liad Shoham, avovat de son état, nous fait découvrir un pan compliqué de l’histoire contemporaine israélienne, pan que les médias internationaux révèlent depuis quelques mois, la difficile cohabitation des juifs avec des migrants venus d’Ethiopie et d’Erythrée. Comme en Europe le facteur migratoire permet à des hommes politiques de petite vertu et à la veulerie des masses de se révéler dans toute leur horreur. Mais loin de se livrer à un simple exercice humaniste, Liad Shoham montre le visage immonde des profiteurs de la misère humaine.

Dans ce trou puand du monde des hommes, une femme tente d’imposer une voix de probité. Afin de trouver le meurtrier d’une jeune activiste du droit des plus faibles, la jeune policière Anat Nahmias va lutter à la fois contre sa hiérarchie et contre les criminels, contre les politiciens et contre tous ces petits mâles agressifs qui fondent la société israélienne. L’auteur tape fort dans ce polar, rappelant que le racisme et le sexisme marchent main dans la main dans la société israélienne. Une réalité que de nombreux journalistes en Israel et ailleurs ont déjà pointée, dans cette société où la fureur guerrière façonne l’idéal d’un mâle braillard et agressif et de femmes toujours soumises.

Oui, il y a du génie dans ce polar, pas tellement dans le style, on n’innove jamais vraiment dans ce domaine depuis nos grands classiques, mais bien dans cette attaque en règle contre une société pour le moins peu reluisante. On attend désormais la même liberté et la même intransigeance dans la littérature des pays arabes de la région. Oui, Israel a bien des défaut, comme la Suède, la Norvège, le Danemark, la France, les Etats Unis ou l’Italie, mais au moins là-bas, on trouve des écrivains pour les dénoncer. A quand la dénonciation des crimes racistes et du sexisme en Arabie Saoudite, en Egypte, en Palestine ou au Qatar?…

Sur le site de l’éditeur

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s